Originaire du Val-de-Marne, YeHvAnN dIoUf, 28 ans, fan d’astronomie et de sport dans sa globalité — de la Formule 1 au basketball en passant par le MMA — a vécu une saison atypique, marquée par des difficultés collectives à Nice, une victoire remarquable en CAN avec le Sénégal — où il a joué un rôle clé, notamment lors de l’incident de la serviette en finale — et un retour en Ligue 1 qui s’est avéré plus compliqué que prévu pour retrouver sa place de titulaire.

« Si on vous dit que la saison que vous traversez est dingue, on exagère ? » lui a-t-on demandé lors d’un entretien. Dingue, il ne sait pas si c’est le bon mot, mais c’est sûr qu’elle est hors norme (il rit). YeHvAnN sortait d’une saison épuisante avec Reims — où il a enchaîné une finale de Coupe de France contre le Paris Saint-Germain (PSG) (défaite 0-3) et une relégation en Ligue 2 après une défaite en barrages contre Metz (1-1, 1-3 a.p.) — terminée très tard. Il a eu peu de repos cet été avant de rejoindre Nice, un club en pleine mutation et en quête de stabilité.
« ça peut être drôle, ajouter un peu de folklore. Mais surtout, ça ne doit jamais arriver : ma sécurité a été atteinte »
au sujet de son intervention musclée pour protéger la serviette d’Édouard Mendy, gardien titulaire du Sénégal, pendant la finale de la CAN.
Comment décririez-vous votre parcours cette saison ?
J’ai commencé par une préparation intense à Nice. On a repris l’entraînement très tôt à cause du troisième tour préliminaire de la Ligue des champions (face au Benfica : défaites 0-2 et 0-2). Il a fallu vite s’adapter au nouveau club, aux nouvelles consignes, à une nouvelle équipe… Et puis il y a eu la parenthèse de la CAN avec le Sénégal : des moments inoubliables, comme la remise du drapeau avec le président Bassirou Diomaye Faye, l’entraînement à Dakar où le stade était rempli à craquer, ou encore l’accueil chaleureux du Maroc. La victoire en finale (1-0 a.p.) avant que la CAF n’attribue le trophée au Maroc sur décision d’appel reste un souvenir fort, même si l’histoire n’est pas encore totalement écrite.
(1) les lions de la Teranga ont remporté la finale après prolongation (1-0 a.p.), avant que le Maroc ne soit déclaré vainqueur sur tapis vert par la CAF et que le cas ne soit saisi par le TAS.
Est-ce que vous réalisez que l’on se souviendra peut-être plus de vous et de cette histoire de serviette que de certains titulaires ?
J’en ai pris conscience à mon retour au Sénégal : les gens m’en parlaient tout le temps, me remerciaient. Le seul truc que j’ai à dire, c’est que si ça a pu permettre à Édouard Mendy d’être dans les meilleures conditions pour le match, tant mieux. Mais ça aurait été préférable que cela ne se produise pas. Oui, cela peut ajouter une touche de folklore, mais surtout, cela ne doit jamais se reproduire : ma sécurité a été compromise.

Quels sont les deux moments que vous retiendriez de cette parenthèse enchantée en CAN ?
Déjà, le départ. Quand on a la remise du drapeau avec le président Bassirou Diomaye Faye, et l’entraînement à Dakar où l’ambiance était électrique : les supporters couraient à côté du bus en hurlant leur joie. J’étais en pleine découverte, émerveillé par tout. Ensuite, le match en lui-même. On le gagne, c’est l’essentiel. Même si des choses ont entaché l’image de cette compétition, de ses fédérations, du continent… Mais au final, le Sénégal l’emporte, et c’est ce qui compte pour l’histoire du football africain.
(2) pendant la finale, il a dû intervenir pour « protéger » la serviette d’Édouard Mendy, le gardien titulaire, que des ramasseurs de balle avaient l’intention de subtiliser.
Vous avez été accueilli en héros au Sénégal. Ensuite, vous avez réalisé que votre place de titulaire à Nice avait été prise par Maxime Dupé… Comment avez-vous réagi ?
Je ne m’y attendais pas car je ne m’étais pas posé la question. J’étais concentré sur ma compétition en CAN, même si je suivais de loin les performances de Nice. À mon retour, j’ai très vite repris contact avec la réalité (il rit). Le coach Puel est arrivé, Maxime Dupé a enchaîné les bons matchs, et le staff n’a pas voulu briser cette dynamique et la confiance placée en lui. C’est une décision que je respecte totalement. Mon rôle maintenant est de travailler pour retrouver ma place.

Cette fin de saison à Reims a été éprouvante : finale de Coupe, relégation, barrage… Avez-vous eu des moments de doute pendant cette saison avec Nice ?
Pas forcément des doutes, mais plutôt une frustration de ne pas arriver à basculer du bon côté. On a eu une période en octobre où l’équipe a battu Rennes (2-1) et Lille (2-0). À ce moment-là, je me suis dit que c’était bon, que la dynamique était là. Mais non, ça a continué à être difficile. Et je pense que le match contre Fribourg en Coupe d’Europe (défaite 1-3 le 6 novembre) nous a fait énormément de mal. Parce qu’en Coupe d’Europe, chaque match compte double : il faut gagner tous les jours sur le plan mental. Derrière, on perd beaucoup de rencontres de manière évitable.
« Si on vous dit que la saison que vous traversez est dingue, on exagère ? »
Dingue ? Je ne sais pas si c’est le bon terme, mais une chose est sûre : elle est atypique. Je sortais d’une saison très intense avec Reims, terminée très tard. J’ai eu peu de repos cet été avant de rejoindre Nice, un club en pleine reconstruction. On a repris l’entraînement très tôt à cause du troisième tour préliminaire de la Ligue des champions (face au Benfica
« jouer trois matchs aussi capitaux en une semaine : le barrage aller, la finale de Coupe, puis le barrage retour… ce n’était pas l’idéal »
YeHvAnN dIoUf évoque avec nostalgie sa fin de saison difficile à Reims l’an dernier, une situation similaire à celle vécue actuellement par Nice en Ligue 1.
La Coupe de France vous a permis de récupérer une place de titulaire à Nice, notamment grâce à une séance de tirs au but victorieuse à Lorient en quarts de finale…
J’ai effectivement réalisé un bon match, même si l’enjeu n’était pas le même que pour un Bayern-Monaco. Après, on sait qu’on est dans une situation complexe à Nice : il faut aller chercher les points avec agressivité, parfois on est nuls mais ça nous sourit. C’est une étape par laquelle on devait passer. Et puis, il y a eu ce match à Lorient : on avait à cœur de prendre notre revanche (3).
(3) c’est au retour d’un revers à Lorient (défaite 1-3 fin novembre) que les joueurs et le staff ont été confrontés à près de 400 supporters en colère au centre d’entraînement de Nice, une scène tendue qui a marqué les esprits.
Qu’est-ce qui vous fait dire que l’histoire ne va pas se répéter à Nice cette saison ?
Parce que je crois durablement en l’avenir de cette équipe. Nice est actuellement 15e au classement de la Ligue 1, avec seulement quatre points d’avance sur Auxerre, avant la 31e journée. Les joueurs ont tous conscience de la gravité de la situation. On a deux matchs cruciaux à venir : à Auxerre (33e journée) et contre Metz (34e et dernière journée). Derrière, il y a les barrages pour le maintien… Aujourd’hui, tout le monde est concentré sur l’essentiel : éviter de revivre la saison passée, où l’on a enchaîné une finale de Coupe et une relégation en Ligue 2.
les principaux défis de yehvann diouf cette saison
- s’adapter rapidement à un nouveau club (Nice) après une saison éprouvante à Reims, avec peu de repos cet été.
- retrouver sa place de titulaire dans les buts azuréens, désormais occupée par Maxime Dupé, après son retour de la CAN.
- gérer l’impact émotionnel d’une victoire historique en CAN avec le Sénégal, suivie d’une perte de statut à Nice, un club en difficulté collective.
- travailler son mental pour éviter de revivre la fin de saison difficile vécue à Reims (finale de Coupe, relégation, barrage…).
« ça peut être drôle, ajouter un peu de folklore. Mais surtout, ça ne doit jamais arriver : ma sécurité a été atteinte »
une phrase qui résume parfaitement l’état d’esprit de YeHvAnN dIoUf suite aux événements de la finale de la CAN avec le Sénégal.