Rdc : des colloques scientifiques sur la constitution pour convaincre les étudiants, le pouvoir reste inflexible
Le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations (Esursi) organise des colloques dits « scientifiques » du 10 au 12 juin à Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi. Selon la ministre Sombo Ayanne Safi Mukuna Marie-Thérèse, l’objectif est de stimuler la recherche et de renforcer la contribution de l’université congolaise au débat public, alors que l’Assemblée nationale vient de voter une proposition de loi référendaire.
« Près de vingt ans après l’entrée en vigueur de la Constitution du 18 février 2006, ce colloque vise à analyser scientifiquement ses acquis, ses limites et les perspectives d’évolution adaptées aux réalités de la République démocratique du Congo. Les travaux devraient aboutir à des recommandations pour consolider l’État de droit, la gouvernance démocratique et le développement durable », a déclaré la ministre.
Les assises se déroulent en parallèle autour de trois pôles : Kinshasa (pôle géostratégique), Kisangani (pôle sociologique et environnemental) et Lubumbashi (pôle industriel et transition énergétique). Le ministère invite enseignants-chercheurs, experts en droit constitutionnel et en sciences sociales, ainsi que les étudiants avancés à y participer. Il appelle les établissements d’enseignement supérieur à mobiliser leurs équipes pour assurer le succès de cette rencontre nationale.
« Avec cette initiative, l’Esursi réaffirme le rôle central de l’université et des centres de recherche comme laboratoires d’idées au service de la Nation. La participation active de la communauté universitaire est attendue pour garantir la qualité des réflexions et la pertinence des recommandations », a ajouté la ministre.
Le débat sur la révision ou le changement de la Constitution, un moment mis en veilleuse en raison de l’offensive de la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda et de la perte de territoires, refait surface et domine l’actualité politique. Porté par l’UDPS, parti présidentiel au sein de l’Union sacrée, ce projet divise profondément.
Les partisans de la réforme, notamment au sein de la majorité, qualifient la Constitution de 2006 de « piégée » et inadaptée. Ils pointent des problèmes de gestion de l’État, de définition de la nationalité, et plaident pour une adaptation aux réalités congolaises. Certains évoquent la quête de paix ou s’interrogent sur la tenue des élections prévues en 2028.
En face, l’opposition et plusieurs forces socio-politiques rejettent cette démarche, qu’elles jugent suicidaire dans le contexte de guerre d’agression menée, selon elles, par le Rwanda via l’AFC/M23. Elles estiment que le régime de Félix Tshisekedi, dont le bilan est contesté, tente de se maintenir au pouvoir en ouvrant la voie à un troisième mandat. Actuellement à son second et dernier mandat, Tshisekedi doit quitter le pouvoir en janvier 2029.
Ce clivage a donné naissance à deux coalitions : la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) et la Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution (C4). Chacune affirme bénéficier du soutien populaire pour atteindre ses objectifs.