Rdc : des civils victimes d’exactions par un groupe armé soutenu par l’armée
Dans l’est de la République démocratique du Congo, des civils subissent des violences atroces de la part d’un groupe armé qui bénéficie du soutien des Forces armées congolaises (FARDC). Selon des témoignages recueillis, des membres du Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP) ont tué, torturé, pillé et réduit des femmes en esclavage sexuel dans le territoire de Rutshuru. Ce groupe fait partie des Wazalendo, une coalition de milices utilisées comme forces supplétives par l’armée congolaise dans sa lutte contre le M23, soutenu par le Rwanda. Les civils pris au piège entre ces deux feux subissent des souffrances intolérables, particulièrement dans les zones reculées où le CMC-FDP agit en toute impunité.
Des violences sexuelles systématiques contre les femmes
Une femme d’une vingtaine d’années a raconté avoir été enlevée par le CMC-FDP après que son mari a rejoint le M23. Détenue pendant trois mois, elle a été contrainte de devenir l’« épouse » d’un commandant et violée à répétition. Elle a vu deux autres femmes captives. Une autre jeune femme de 22 ans a subi le même sort : enlevée en juin 2025, elle a été forcée à des rapports sexuels sous la menace de mort. Elle a également été témoin de détentions et de mauvais traitements de civils dans le camp. Ces actes s’apparentent à de l’esclavage sexuel, un crime de guerre. Les victimes ont contracté des infections sexuellement transmissibles et n’ont pas toujours eu accès à des soins adéquats.
Mauvais traitements et violences envers les femmes enceintes
Le 20 novembre 2025, huit personnes, dont une femme enceinte et son mari, se cachaient dans une bananeraie lors d’affrontements. Des combattants armés, probablement du CMC-FDP, les ont retrouvés. Après avoir pillé leurs biens et brûlé leurs maisons, ils ont emmené le mari et l’ont tué à la machette. La femme a accouché seule dans la forêt le même jour. Une autre femme enceinte a été battue par des combattants venus chercher son mari ; elle a fait une fausse couche le lendemain. Le CMC-FDP a nié ces accusations.
Homicides par vengeance et exécutions sommaires
Neuf victimes ont rapporté que des combattants du CMC-FDP avaient tué leurs maris ou enlevé leurs proches parce qu’ils avaient rejoint le M23. Une femme de 35 ans a vu son mari abattu de trois balles sous les yeux de leurs enfants après que son fils de 15 ans a rejoint le M23. Une autre, Elisabeth, a décrit comment six combattants, dont d’anciens voisins, ont exécuté son mari et pillé la maison. Le groupe armé n’a fourni aucune information sur d’éventuelles enquêtes.
Extorsion et menaces
Avant l’arrivée du M23, le CMC-FDP imposait un impôt appelé lala salama pour « dormir paisiblement ». Des victimes ont raconté avoir été frappées et menacées de mort si elles ne payaient pas. Un homme, Innocent, a dû verser 300 dollars après que son fils a rejoint le M23. Ses maisons ont été brûlées. Une jeune femme, Justine, a été fouettée et attachée parce qu’elle ressemblait à une Tutsi ; elle a été aidée à s’échapper par un combattant. Le CMC-FDP a nié ces pratiques d’extorsion.
Le soutien inacceptable de l’armée congolaise
Depuis mai 2023, la RDC a intégré des groupes armés locaux comme le CMC-FDP dans sa Réserve armée de la défense. Les FARDC leur fournissent argent, armes et munitions. En décembre 2025, le ministre des Finances a révélé que l’État versait 4 millions de dollars par mois aux Wazalendo. Un document interne a montré que le CMC-FDP avait reçu plus de 100 000 cartouches et plus de 100 roquettes fin 2023/début 2024. En juillet 2024, l’Union européenne a sanctionné le commandant en chef du groupe, Dominique Kamanzi Ndaruhutse, pour graves violations des droits humains. Selon des experts de l’ONU, il a collaboré avec les FDLR, un groupe responsable du génocide de 1994. Il est intolérable que l’armée congolaise continue de soutenir des combattants qui infligent de telles atrocités. Les autorités doivent immédiatement cesser cette collaboration et traduire les responsables en justice.