Les chefs traditionnels au Bénin : un rôle central mais une place à définir dans la politique
Les chefs traditionnels, piliers des communautés béninoises
Au Bénin, les chefs coutumiers occupent une place centrale dans le paysage socioculturel. Leur autorité, reconnue par l’État, s’enracine dans la préservation des valeurs ancestrales et l’identité des communautés locales. Ils incarnent une légitimité morale et culturelle, servant d’intermédiaires entre les populations et les institutions (Affo, Sina & Gnanvi, 2019).
Pour encadrer leur action, notamment dans la médiation des conflits et le renforcement de la cohésion sociale, le législateur a adopté la Loi n°2025-09 du 3 avril 2025, qui définit un cadre juridique précis pour les chefferies traditionnelles. Cette réforme reconnaît officiellement 16 royaumes et 90 chefferies, tout en mettant en avant leur contribution au développement socio-économique et à la préservation des identités culturelles (Fatondji, 2025).
Un équilibre fragile entre tradition et engagement politique
Malgré leur reconnaissance institutionnelle, les chefs traditionnels sont souvent sollicités par les partis politiques pour influencer les votes. Certains n’hésitent pas à monnayer leur soutien en échange d’avantages matériels ou financiers (Cessou, 2017). Face à ces dérives, les autorités béninoises ont instauré une interdiction formelle pour les rois et chefs coutumiers de s’engager dans la politique partisane (République du Bénin, 2025).
Perception citoyenne : confiance mais vigilance accrue
Les données d’Afrobarometer révèlent que près d’un quart des Béninois ont sollicité l’aide d’un chef traditionnel au cours de l’année écoulée. Une majorité de citoyens leur accordent leur confiance et reconnaissent leur influence sur la gouvernance locale. Pourtant, cette image positive se heurte à des interrogations grandissantes sur leur intégrité.
Les trois quarts des répondants estiment en effet que certains chefs traditionnels sont impliqués dans des affaires de corruption, une perception qui s’est renforcée depuis 2022. La confiance envers ces figures traditionnelles a également reculé par rapport à 2020, bien qu’ils restent des acteurs incontournables dans la vie publique.
Les citoyens réclament une neutralité politique
Malgré leur autorité morale, une large majorité des Béninois considère que les chefs traditionnels devraient rester en dehors de la sphère politique. Les citoyens privilégient une gouvernance où les électeurs seraient libres de faire leurs choix sans influence extérieure. Cette attente reflète un désir de transparence et d’autonomie dans le processus démocratique.