Le Sénégal doit prioriser l’économie face aux tensions politiques

Le Sénégal doit prioriser l’économie face aux tensions politiques

Depuis l’arrivée du nouveau régime, les citoyens sénégalais espéraient une relance économique après des années de turbulences politiques. Pourtant, près de trente mois plus tard, les espoirs s’amenuisent. L’économie, autrefois dynamique, semble s’essouffler tandis que les débats politiques prennent le pas sur les priorités économiques.

Un pays enlisé dans l’impasse politique

L’élection présidentielle d’avril 2024 avait suscité un vent d’optimisme avec l’adoption de l’Agenda Sénégal 2050 puis du Plan de redressement économique et social (PRES) en août 2025. Ces initiatives visaient à faire du développement socio-économique une priorité nationale. Pourtant, la réalité est tout autre : le pays s’enlise dans une polarisation politique croissante.

Les rivalités partisanes, la précocité des préparatifs pour les élections de 2029 et la dualité au sommet de l’État ont freiné la mise en œuvre des politiques publiques. Malgré le changement à la Primature, les grands projets structurants attendent toujours leur concrétisation. Comme le souligne un adage local, « casser le thermomètre ne fait pas disparaître la fièvre ». Le divorce politique est consommé, mais l’économie, elle, reste à la traîne.

Le Sénégal en queue de peloton économique

Les dernières données de la BCEAO, publiées en juin 2026, révèlent une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre 2026. Ce chiffre place le Sénégal parmi les économies les moins dynamiques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Une performance contrastant avec celle de 2025, où le pays affichait une croissance de 7,8 %. Les autres États membres, comme la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Niger ou le Mali, affichent des taux bien supérieurs, dépassant les 6 %.

La situation est d’autant plus préoccupante que les investissements directs étrangers (IDE) ont chuté de manière spectaculaire, passant de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025. Ces indicateurs soulignent l’urgence d’agir pour éviter un décrochage économique durable.

Trois leviers pour un redémarrage économique

Pour inverser la tendance et redonner au Sénégal son statut de locomotive économique de l’UEMOA, trois axes stratégiques s’imposent.

1. Rétablir la confiance des partenaires et investisseurs

La conclusion d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) serait un signal fort pour les marchés internationaux et les agences de notation. Cette démarche permettrait non seulement de mobiliser des ressources, mais aussi de rassurer les partenaires techniques et financiers sur la crédibilité de la trajectoire économique du pays.

Parallèlement, une stratégie de nation branding doit être déployée pour renforcer l’attractivité du Sénégal. Mettre en lumière ses atouts économiques et promouvoir les opportunités d’investissement auprès des investisseurs internationaux est essentiel pour relancer les IDE.

2. Faire du secteur privé le moteur de la croissance

Le secteur privé national doit être le fer de lance de la relance économique. Pour cela, il est crucial de faciliter son accès au financement, de simplifier les procédures administratives et d’améliorer l’environnement des affaires. Les secteurs clés à soutenir incluent les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, le numérique, les transports et la logistique. Les partenariats public-privé doivent être renforcés pour accélérer les projets structurants.

3. Rationaliser les ressources publiques

Dans un contexte de marges de manœuvre réduites, une gestion rigoureuse des ressources publiques est indispensable. La fusion des agences et structures d’accompagnement, promise depuis des mois, doit enfin se concrétiser. La baisse du train de vie de l’État, promise dans le PRES, reste un impératif pour redonner de la crédibilité aux efforts de redressement.

Les trois prochaines années, jusqu’à l’élection présidentielle de 2029, doivent être mises à profit pour poser les bases d’une transformation économique durable. Le Sénégal peut encore redevenir la locomotive économique de l’UEMOA, à condition de placer l’économie au cœur des priorités nationales et de mettre fin aux querelles politiciennes.

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