Le général Derby Guerrier à Cotonou peut-il relancer l’alliance militaire Haïti-Bénin ?

Le général Derby Guerrier à Cotonou peut-il relancer l’alliance militaire Haïti-Bénin ?
Écouter l'article5 min

Une visite au cœur des enjeux sécuritaires haïtiens

En pleine crise sécuritaire en Haïti, la visite officielle du général Derby Guerrier, chef d’état-major des Forces armées d’Haïti (FAd’H), à Cotonou soulève une question cruciale : cette rencontre peut-elle donner un nouvel élan à la coopération militaire entre les deux nations ? Reçu par son homologue béninois, le général Fructueux Gbaguidi, le haut responsable haïtien aborde des défis partagés qui dépassent les simples échanges protocolaires.

Un engagement béninois de 2024 toujours d’actualité

Les discussions de ce 3 novembre 2026 s’inscrivent dans un contexte historique. En février 2024, le président béninois Patrice Talon avait exprimé la volonté de son pays d’apporter une contribution militaire à la stabilisation d’Haïti, avec une offre initiale de 1 500 soldats, extensible à 2 000. Cette proposition s’inscrivait dans le cadre de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), sous l’égide des Nations unies et dirigée par le Kenya.

Pourtant, malgré cette annonce, aucun déploiement n’a eu lieu à ce jour. Les débats autour du commandement de la mission, son financement et son organisation opérationnelle ont retardé la concrétisation de cette promesse. La rencontre actuelle à Cotonou ravive donc ce projet, rappelant que la volonté politique initiale reste un pilier essentiel pour une action future.

Renforcer les capacités militaires par l’échange d’expertises

Le renforcement des Forces armées d’Haïti (FAd’H) passe par des échanges concrets avec leurs homologues béninois. Cette visite ouvre la voie à des collaborations stratégiques dans plusieurs domaines :

  • Formation des militaires : partage de bonnes pratiques et modernisation des programmes éducatifs pour les soldats haïtiens.
  • Développement des capacités opérationnelles : optimisation des techniques de déploiement et d’intervention adaptées aux réalités locales.
  • Renseignement et planification : mise en place de mécanismes d’échange d’informations pour anticiper les menaces.
  • Adaptation aux nouvelles menaces : renforcement des dispositifs de défense face à la criminalité organisée et aux groupes armés.

Le Bénin, un partenaire expérimenté face aux défis régionaux

Le Bénin, confronté à des menaces terroristes dans sa région nord, a développé une expertise précieuse en matière de lutte contre l’insécurité. Cette expérience pourrait s’avérer déterminante pour Haïti, où la stabilité institutionnelle et la sécurité publique restent des enjeux majeurs. Les deux armées pourraient ainsi mutualiser leurs savoir-faire pour construire des réponses adaptées à des environnements sécuritaires complexes.

Vers une alliance sud-sud renforcée ?

La coopération militaire entre Haïti et le Bénin s’inscrit dans une dynamique plus large de solidarité africaine. Les liens historiques, culturels et humains entre les deux pays favorisent un dialogue stratégique essentiel. Cette visite pourrait ainsi marquer un tournant dans les relations institutionnelles, en consolidant les échanges entre les deux états-majors.

Pour l’instant, aucun engagement formel n’a été annoncé concernant un déploiement militaire béninois en Haïti. Cependant, les discussions engagées à Cotonou pourraient préparer le terrain pour une collaboration accrue. Le véritable test résidera dans la capacité des deux nations à transformer cette volonté politique en actions concrètes et durables.

L’avenir de la coopération militaire Haïti-Bénin en suspens

La rencontre entre les généraux Derby Guerrier et Gbaguidi soulève des espoirs, mais aussi des interrogations. Les défis sécuritaires haïtiens nécessitent des solutions immédiates, et une participation béninoise pourrait apporter un soutien logistique et opérationnel crucial. Reste à savoir si les discussions actuelles permettront de lever les obstacles persistants et de concrétiser les promesses d’hier.

Une chose est certaine : le dialogue entre les deux pays représente une étape clé dans la recherche de solutions durables. L’impact réel de cette visite se mesurera à l’aune des décisions prises dans les semaines à venir, et de leur capacité à redonner espoir à une population haïtienne en quête de sécurité.

Flux de la rubriqueSuivez nos publications en direct dans votre application de lecture RSS
ActualitésTous les articles

Fatoumata Diarra

Journaliste