Thérèse Kayikwamba Wagner lors de son discours à l’ONU

Lors d’une réunion de haut niveau à l’ONU dédiée aux minerais critiques pour la transition énergétique mondiale, la République démocratique du Congo a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences dévastatrices des conflits liés à l’exploitation illicite de ses ressources naturelles.

Menée par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères de la RDC, la délégation congolaise a exposé devant les États membres les enjeux sécuritaires et économiques liés à la gouvernance des minerais stratégiques, notamment dans l’est du pays.

La ministre a illustré son propos par l’exemple de Rubaya, bastion minier de coltan dont les exportations illégales financent des groupes armés soutenus par des acteurs régionaux. Selon les rapports des experts onusiens, près de 1 400 tonnes de coltan ont été illicitement acheminées vers le Rwanda en une année, générant des revenus estimés à 800 000 dollars mensuels pour ces groupes.

« Pour la RDC, cette situation ne se limite pas à une question économique. L’exploitation illicite de nos ressources affaiblit l’autorité de l’État, menace notre souveraineté territoriale et alimente des conflits qui dépassent nos frontières. »

Thérèse Kayikwamba Wagner a vivement critiqué l’absence de sanctions internationales contre l’armée rwandaise, malgré les preuves accablantes de son implication dans ces trafics. Pour Kinshasa, cette inaction révèle une faille majeure dans l’architecture de gouvernance mondiale des ressources naturelles.

« Les outils existants ne sont pas appliqués avec la rigueur nécessaire. La gouvernance des minerais critiques ne peut se limiter à des considérations économiques lorsque leurs revenus alimentent des conflits armés et sapent la stabilité régionale. »

La RDC, qui assure la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU, a plaidé pour l’adoption d’un cadre international liant exploitation minière, prévention des conflits et consolidation de la paix. La cheffe de la diplomatie congolaise a insisté sur la nécessité de responsabiliser l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, des producteurs aux pays consommateurs.

Parmi les propositions concrètes avancées :

  • Renforcer la traçabilité des minerais pour lutter contre la fraude et le financement des groupes armés, sans pénaliser les exploitants légitimes ;
  • Développer des partenariats équilibrés incluant transfert de technologies, industrialisation et accès aux marchés pour les pays producteurs ;
  • Évaluer la transition énergétique mondiale à l’aune de son impact sur les populations des pays fournisseurs de ressources.

« La réussite de cette transition ne se mesurera pas seulement en termes de batteries ou de véhicules électriques produits, mais aussi par le niveau de sécurité, de souveraineté et de prospérité des communautés dont les ressources la rendent possible. »

Cette intervention survient dans un contexte marqué par des accords diplomatiques récents entre la RDC, les États-Unis et le Rwanda, visant à désamorcer les tensions dans l’est du pays. Malgré ces efforts, la situation sécuritaire reste extrêmement volatile, avec une présence persistante du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et des négociations en stagnation sous l’égide du Qatar.

Les tensions entre Kinshasa et Kigali, ainsi que l’incapacité à traduire les engagements diplomatiques en stabilité concrète, soulignent l’urgence d’une action internationale cohérente pour protéger à la fois les ressources et les populations de la région.