Exactions au Mali : armée et Wagner ciblent les civils peuls
Des violences systématiques contre les civils peuls au Mali
Depuis janvier 2025, l’armée malienne et le groupe Wagner, soutenu par la Russie, sont responsables de dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées de civils peuls, selon les dernières investigations. Ces actes s’inscrivent dans le cadre d’opérations de contre-insurrection menées contre des groupes armés islamistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.
Les accusations de collaboration avec les groupes armés islamistes servent de prétexte à ces violences, mettant en danger toute une communauté. Les autorités maliennes, en collaboration avec des combattants étrangers, semblent cibler systématiquement les hommes peuls, souvent sans preuve tangible de leur implication.
- 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées depuis janvier 2025
- Des opérations menées dans plusieurs régions, dont Kayes, Ségou et Tombouctou
- Des accusations de collaboration avec le GSIM utilisées pour justifier les violences
Des témoignages accablants sur les crimes commis
Les enquêtes menées par des organisations internationales révèlent des scènes de terreur orchestrées par les forces maliennes et les mercenaires de Wagner. Les détails recueillis auprès des survivants et des proches des victimes sont glaçants.
Assassinats et destructions à Kobou (région de Douentza)
Le 23 janvier 2025, l’armée malienne a lancé une opération à Kobou, un village sous contrôle du GSIM. Selon les témoignages, trois civils peuls ont été exécutés sommairement : un homme de 46 ans tué en fuyant, et deux autres âgés de 65 et 75 ans, retrouvés avec les yeux bandés et les mains liées.
« Nous, les Peuls, nous avons tous fui, car nous savons que les soldats s’en prendront à nous parce qu’ils nous considèrent comme des djihadistes. Si vous ne fuyez pas, les djihadistes vous tueront parce qu’ils diront que vous avez aidé les soldats. Personne ne nous épargne. »
Les soldats ont également incendié au moins 30 maisons, laissant les survivants dans une situation de détresse absolue. Les images satellite confirment l’étendue des destructions dans le village.
Disparitions forcées et massacres à Sebabougou (région de Kayes)
Le 12 avril 2025, l’armée malienne et des combattants de Wagner ont arrêté au moins 100 hommes peuls dans le village de Sebabougou. Accusés de collaborer avec des groupes armés, ces hommes ont été emmenés vers le camp militaire de Kwala, où au moins 43 d’entre eux ont été retrouvés morts.
« Le 21 avril, j’ai découvert les corps de 13 hommes décomposés à sept kilomètres au nord du camp militaire. Le lendemain, 30 autres cadavres ont été retrouvés dans le même état. C’était horrible. »
Les familles des victimes, toujours sans nouvelles des disparus, dénoncent l’absence de transparence des autorités maliennes.
Violences à Belidanédji et Sikere (région de Ségou)
Le 30 mars 2025, six civils peuls ont été exécutés sommairement à Belidanédji après l’arrivée de l’armée et des mercenaires de Wagner. Les soldats n’ont fait aucune distinction entre civils et combattants, traitant tous les Peuls de « djihadistes ».
« Les soldats nous considéraient tous comme des djihadistes. Ils n’ont pas essayé de faire de distinction. »
À Sikere, le 14 mai 2025, quatre hommes peuls ont été abattus à la mosquée après avoir été accusés de soutenir le GSIM. Les soldats ont menacé de représailles toute la communauté si des attaques étaient perpétrées en réponse.
Une impunité alarmante et des appels à la justice
Les organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, alertent sur l’urgence d’agir. L’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour protéger les civils et faire pression sur les autorités maliennes afin qu’elles enquêtent sur ces crimes.
Les points clés à retenir :
- Violation du droit international humanitaire : Les exécutions sommaires et les disparitions forcées constituent des crimes de guerre.
- Responsabilité de la junte malienne : Les autorités locales sont tenues pour responsables des abus commis par l’armée et les mercenaires de Wagner.
- Appel à l’Union africaine : L’UA doit soutenir les enquêtes et faire pression pour des poursuites équitables.
Le Mali, signataire de la Convention internationale pour la protection contre les disparitions forcées et du Statut de Rome, est tenu de respecter ses engagements. Pourtant, les familles des victimes restent sans réponse, et les responsables de ces crimes continuent d’agir en toute impunité.
« Les hauts responsables maliens et russes doivent être tenus pour responsables des crimes commis par leurs soldats et leurs mercenaires. L’inaction équivaut à une complicité. »
Les experts soulignent que les responsables de ces atrocités pourraient un jour être traduits en justice, que ce soit devant la Cour pénale internationale ou par d’autres moyens juridiques.
Contexte : une crise humanitaire en escalade
Depuis 2012, le Mali est plongé dans un conflit opposant les forces gouvernementales à des groupes armés islamistes. Les violences ont causé des milliers de morts et déplacé plus de 350 000 personnes.
La junte militaire, arrivée au pouvoir en 2021, s’est tournée vers le groupe Wagner pour renforcer ses capacités militaires. Malgré les dénis officiels, des preuves accablantes confirment la présence de mercenaires russes au Mali, où ils sont accusés de multiples exactions.
Avec le retrait annoncé de Wagner et son remplacement par l’Africa Corps, une nouvelle entité sous contrôle russe, les craintes d’une escalade des violences persistent. Les attaques récentes menées par des groupes armés islamistes et séparatistes touaregs ont déjà coûté la vie à des dizaines de soldats maliens et de membres de l’Africa Corps.
Dans ce contexte, la protection des civils, en particulier des communautés peules, devient une priorité absolue. L’absence de missions de maintien de la paix de l’ONU et le retrait du Mali de la CEDEAO compliquent davantage la situation, privant les victimes de recours juridiques régionaux.
Pour aller plus loin : Comprenez les enjeux de ce conflit et les responsabilités internationales en jeu.