Au Sénégal, les tensions politiques ont franchi un cap décisif avec le limogeage, vendredi 22 mai, du Premier ministre Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye. Une rupture devenue inévitable après des mois de désaccords croissants entre les deux figures de l’exécutif dans un pays réputé pour son hospitalité légendaire.
Immédiatement après cette décision, Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, a annoncé sa démission de la tête du Parlement sans quitter son siège de député. Ce geste stratégique semble avoir été orchestré pour faciliter le retour de l’ex-Premier ministre, qui ambitionne de retrouver son siège de député et ainsi maintenir son influence politique.
Une rupture désormais irréversible
Le Parlement se réunira en séance extraordinaire ce 26 mai pour élire un nouveau président. Tous les indicateurs laissent présager que Ousmane Sonko, ancien maire de Ziguinchor, sera élu à la tête de l’institution législative. S’il est confirmé dans ses fonctions, il deviendra la deuxième personnalité de l’État et le successeur constitutionnel du chef de l’État. Une position stratégique qui lui permettrait de bloquer toute initiative gouvernementale, renforçant ainsi la rivalité avec Bassirou Diomaye Faye.
La question centrale reste : jusqu’où iront les tensions entre ces deux anciens alliés politiques ? La réponse s’annonce complexe, d’autant que le parti au pouvoir, le Pastef, dispose d’une majorité écrasante avec 130 députés sur 165. Cette configuration offre à Sonko une plateforme idéale pour poursuivre ses ambitions et défier l’autorité présidentielle.
Un risque de crise institutionnelle
Si Ousmane Sonko accède à la présidence de l’Assemblée nationale, il deviendra une menace constante pour le gouvernement. Son pouvoir de blocage législatif pourrait plonger le Sénégal dans une crise institutionnelle prolongée, avec des répercussions imprévisibles sur la cohésion du Pastef. Une rivalité ouverte entre les deux leaders risquerait de fragiliser le parti à l’approche des prochaines échéances électorales.
Les tensions actuelles révèlent une ambition démesurée de Sonko, qui n’a jamais caché son désir de remplacer Bassirou Diomaye Faye, qu’il a pourtant soutenu pour accéder à la présidence. Malgré les obstacles judiciaires qui l’avaient empêché de se présenter en 2024, il mise désormais sur son influence politique pour préparer un retour en force lors de la présidentielle de 2029.
Un jeu politique dangereux
Le nouveau Code électoral, adopté le 12 mai, a été perçu comme une manœuvre pour permettre à Sonko et Faye de contourner les restrictions d’inéligibilité. Cependant, l’éligibilité de Sonko à la prochaine élection reste incertaine tant que le Conseil constitutionnel n’a pas tranché. Cette incertitude ajoute une dimension explosive à leur rivalité, transformant leur relation en un jeu de pouvoir où chacun cherche à affaiblir l’autre.
Si la situation devait dégénérer, le Sénégal pourrait être confronté à une paralysie institutionnelle, avec des conséquences graves pour la stabilité politique du pays. Les deux dirigeants, qui avaient promis une rupture avec les pratiques du passé, risquent désormais de sacrifier l’intérêt national sur l’autel de leurs ambitions personnelles.
En attendant, la population sénégalaise espère que la raison l’emportera, afin d’éviter que le pays ne devienne otage de cette guerre intestine. Le Pastef, déjà fragilisé par ces divisions, pourrait subir un vote sanction aux prochaines élections s’il ne parvient pas à rétablir l’unité.