Crimes contre l’humanité au Burkina Faso : l’armée et les groupes armés pointés du doigt
Crimes contre l’humanité au Burkina Faso : l’armée et les groupes armés pointés du doigt
Une crise humanitaire aux proportions alarmantes depuis 2023
Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en septembre 2022, le Burkina Faso traverse une période de violences extrêmes. Selon les dernières investigations, l’armée burkinabè, ses milices alliées et le groupe armé islamiste GSIM ont causé la mort de plus de 1 800 civils et provoqué le déplacement forcé de dizaines de milliers de personnes. Ces exactions, qui s’intensifient depuis 2023, constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Les acteurs du conflit et leurs responsabilités
- L’armée et les milices pro-gouvernementales : Accusées de massacres ciblant les communautés peules, qu’elles soupçonnent de soutenir les groupes armés islamistes. Ces attaques ont entraîné un nettoyage ethnique dans plusieurs régions du pays.
- Le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) : Un groupe armé affilié à Al-Qaïda, responsable d’exactions similaires contre les civils, notamment à Barsalogho où 133 personnes ont été tuées en août 2024.
- La junte militaire : Critiquée pour son incapacité à protéger les populations civiles et pour les répressions massives contre l’opposition politique, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains.
Des témoignages accablants et des preuves irréfutables
Les chercheurs de Human Rights Watch ont recueilli des témoignages auprès de plus de 450 personnes au Burkina Faso et dans les pays voisins (Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali). Leurs investigations, menées entre janvier 2023 et août 2025, incluent :
- Des analyses d’images satellites et de milliers d’heures d’enregistrements audiovisuels.
- La vérification de documents officiels et de sources ouvertes.
- L’identification des commandants impliqués dans les exactions.
Parmi les cas documentés :
- L’opération Tchéfari 2 : En décembre 2023, l’armée et ses milices ont tué plus de 400 civils dans 16 villages près de Djibo, dans le nord du pays.
- Le massacre de Bassé : En novembre 2023, 13 civils peuls, dont 6 femmes et 4 enfants, ont été exécutés sommairement.
- Les attaques du GSIM à Barsalogho : En août 2024, le groupe a tué au moins 133 civils, dont des dizaines d’enfants, accusant la communauté de soutenir les milices pro-gouvernementales.
Des crimes de guerre et crimes contre l’humanité reconnus
Human Rights Watch a identifié plusieurs crimes de guerre commis par toutes les parties :
- Meurtres intentionnels de civils.
- Attaques délibérées contre des biens civils (infrastructures, sources d’eau, ponts).
- Pillage et destruction de propriétés.
- Déplacements forcés de populations.
Ces actes, lorsqu’ils sont commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, constituent des crimes contre l’humanité.
L’impunité généralisée et l’inaction internationale
Les victimes et leurs familles dénoncent un système judiciaire inefficace, où les auteurs des exactions bénéficient d’une impunité quasi totale. Les autorités burkinabè minimisent ou nient ces allégations, refusant d’enquêter sérieusement.
Les partenaires internationaux du Burkina Faso (ONU, Union africaine, Union européenne, États-Unis) sont pointés du doigt pour leur manque d’action concrète. Human Rights Watch appelle à :
- Des sanctions ciblées contre les commandants responsables d’abus.
- Un examen préliminaire par le Bureau du Procureur de la CPI pour évaluer la possibilité d’ouvrir une enquête.
- Une coopération renforcée avec les autorités locales pour mettre fin aux cycles de violence et d’impunité.
Appel à une mobilisation urgente
Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch, a déclaré : « L’ampleur des atrocités commises au Burkina Faso est stupéfiante, tout comme le manque d’attention mondiale portée à cette crise ». Il ajoute : « La junte commet elle-même des abus atroces, ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables des deux camps et limite la diffusion d’informations afin de dissimuler les souffrances des civils pris dans les violences ».
Pour mettre fin à cette spirale de violences, la communauté internationale doit agir rapidement et efficacement. Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires sont appelés à :
- Faire pression sur les autorités burkinabè pour qu’elles s’attaquent aux graves violations commises par toutes les parties.
- Déterminer les responsabilités et garantir que les auteurs de ces crimes soient tenus pour responsables.
- Sensibiliser l’opinion publique internationale sur l’urgence de la situation.
Le temps presse : chaque jour de plus entraîne davantage de souffrances pour les civils burkinabè.