Chef junte Burkina Faso rejette démocratie peuple doit oublier
Le capitaine Ibrahim Traoré impose sa vision politique au Burkina Faso : la démocratie n’est « pas pour nous »
La junte militaire au pouvoir au Burkina Faso a récemment adopté une charte autorisant le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir en septembre 2022 après un coup d’État, à se présenter aux futures élections présidentielle, législatives et municipales.
Un tournant autoritaire pour le Burkina Faso ?
Lors d’une déclaration télévisée le 2 avril, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte militaire au pouvoir, a clairement indiqué que les Burkinabè devaient « oublier la démocratie ». Cette prise de position intervient alors que le régime a récemment adopté une charte permettant à la junte de rester au pouvoir jusqu’en 2029, prolongeant ainsi la transition politique entamée après le coup d’État de janvier 2022.
Le capitaine Traoré, qui a pris le pouvoir en septembre 2022 lors d’un deuxième coup d’État en huit mois, a également justifié cette décision en affirmant : « On ne parle même pas d’élections d’abord (…) il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie c’est pas pour nous ». Une déclaration qui marque un rejet explicite du système démocratique traditionnel.
Des mesures radicales pour consolider le pouvoir
Depuis son arrivée au pouvoir, la junte a pris plusieurs mesures controversées :
- Dissolution en octobre 2025 de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ;
- Suspension puis dissolution en février 2026 des partis politiques ;
- Interdiction ou suspension de la diffusion de nombreux médias internationaux, notamment occidentaux ;
- Expulsion de journalistes étrangers.
Ces actions s’inscrivent dans une stratégie visant à consolider le contrôle du régime sur les institutions et l’information.
Un régime en conflit avec les puissances occidentales
Le capitaine Ibrahim Traoré a multiplié les critiques envers les pays occidentaux, notamment la France, accusée de vouloir maintenir son influence sur le Burkina Faso. En contrepartie, le régime s’est rapproché de la Russie, qui fournit désormais du matériel militaire au pays, bien que, selon Traoré, « personne ne forme l’armée burkinabè » et que « sur le terrain, ce sont les soldats burkinabè qui se battent ».
La justice s’active contre les opposants
Le chef de la junte a évoqué le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, accusé d’être impliqué dans plusieurs tentatives de coup d’État et poursuivi pour corruption. Damiba a été récemment extradé vers Ouagadougou depuis le Togo à la demande des autorités burkinabè.
« Un juge l’a déjà vu (…) il est entre les mains de la justice », a déclaré Ibrahim Traoré, confirmant la volonté du régime de neutraliser toute opposition interne.
Un contexte sécuritaire toujours critique
Le Burkina Faso reste confronté à une insécurité persistante due aux violences jihadistes, qui ont causé des milliers de morts en près de dix ans. L’armée burkinabè et ses supplétifs, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), sont régulièrement accusés par des ONG de violations des droits humains, notamment des attaques contre des civils. Ibrahim Traoré a rejeté ces accusations, affirmant qu’« il n’y a pas de preuves » de ces exactions.
Cette situation complexe montre que le pays doit faire face à la fois à des défis sécuritaires majeurs et à une dérive autoritaire du régime en place, suscitant des interrogations sur l’avenir politique et social du Burkina Faso.