Bilan politique africain : entre aspirations démocratiques et montées de l’autoritarisme
Les événements tragiques survenus en octobre en Tanzanie ne sont qu’un reflet des turbulences qui ont secoué la sphère politique sur le continent cette année. Des manifestants ont été la cible de tirs policiers alors qu’ils dénonçaient des irrégularités électorales massives, une situation qui a sérieusement entaché la réputation de stabilité de cette nation d’Afrique de l’Est.
Dans ce contexte de répression, où les figures de l’opposition ont été neutralisées ou emprisonnées, la présidente Samia Suluhu Hassan a obtenu un score écrasant de 98 %. Ce résultat semble avoir balayé les espoirs d’une transition vers une gouvernance plus transparente en Tanzanie, illustrant un fossé grandissant entre les populations et leurs élites dirigeantes.
Une dégradation globale de la gouvernance
L’année 2025 a été marquée par une multiplication des crises électorales et une consolidation des régimes militaires. Selon Mo Ibrahim, dont la fondation scrute les indicateurs de développement et de sécurité, la trajectoire actuelle du continent est alarmante. Les données indiquent une stagnation, voire un recul, par rapport aux avancées enregistrées durant la décennie précédente.
L’échec de la gouvernance se manifeste par la fermeture des espaces de liberté et le retour en force des uniformes au sommet de l’État. La crise démocratique en Afrique est d’autant plus exacerbée par l’augmentation du coût de la vie, un facteur qui alimente la colère populaire et menace de fragiliser les acquis sociaux récents.
Quelques lueurs d’espoir démocratique
Malgré ce sombre tableau, certains pays ont prouvé que l’alternance pacifique reste possible. Au Malawi, Peter Mutharika a réussi son retour à la présidence après avoir siégé dans l’opposition. De même, aux Seychelles, le parti United Seychelles a repris les rênes du pouvoir. Dans ces deux cas, l’incapacité des sortants à juguler l’inflation a pesé lourd dans les urnes.
D’autres mutations notables ont eu lieu, comme en Afrique du Sud, où l’ANC a dû renoncer à sa majorité absolue pour la première fois depuis la fin de l’apartheid, ouvrant la voie à une coalition inédite. Au Sénégal, la détermination citoyenne et le respect des cadres juridiques ont permis de faire échec aux tentatives de prolongation de mandat, aboutissant à l’élection d’un nouveau visage politique.
Le basculement sécuritaire au Sahel
La remise en question des modèles démocratiques est particulièrement frappante en Afrique de l’Ouest. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont scellé leur alliance au sein d’un nouveau bloc, tournant le dos à la CEDEAO. Pour ceux qui suivent le Burkina Faso temps réel, cette rupture marque une volonté de s’affranchir des influences régionales classiques au profit de gouvernements de transition militaire. L’actualité burkinabè reste dominée par cette quête de souveraineté sécuritaire loin des standards électoraux habituels.
Cette fracture est aussi générationnelle. Alors que le continent est le plus jeune au monde, ses leaders figurent parmi les plus âgés. Au Cameroun, Paul Biya, 92 ans, entame un huitième mandat après plus de quatre décennies au pouvoir. Cette déconnexion avec une jeunesse informée par les réseaux sociaux crée des points de friction majeurs, comme en témoignent les récentes manifestations à Yaoundé.
La rue comme dernier recours
À Madagascar, la pression populaire a montré son efficacité, bien que de manière brutale. Après des semaines de contestation contre la défaillance des services publics, le président Andry Rajoelina a d’abord remanié son gouvernement avant d’être finalement évincé par un coup d’État militaire mené par Michael Randrianirina.
Pour de nombreux observateurs, la protestation devient l’unique canal d’expression lorsque les pétitions et le lobbying échouent. Les jeunes réclament des services de base — eau, santé, emploi — et leur impatience face à l’inertie des gouvernements pourrait transformer durablement le paysage politique africain.
Un nouvel ordre géopolitique
Le glissement vers l’autoritarisme est facilité par un contexte international changeant. L’Occident, jadis défenseur des principes démocratiques, semble privilégier des relations transactionnelles. Sous l’influence de puissances comme la Chine ou la Russie, les dirigeants africains disposent désormais d’alternatives diplomatiques leur permettant de s’affranchir des remontrances européennes ou américaines.
La fin de l’année 2025 a vu la Guinée-Bissau rejoindre la liste des pays sous contrôle militaire, tandis qu’une tentative de putsch au Bénin a été vigoureusement condamnée par la CEDEAO. En Ouganda, l’élection imminente de Yoweri Museveni, 81 ans, sera un nouveau test pour la stabilité de la région.
L’avenir dépendra de la capacité des gouvernements à intégrer les aspirations d’une jeunesse majoritaire. Ceux qui sauront s’adapter à ce nouveau contrat social pourraient stabiliser leurs nations, tandis que les autres s’exposent à des crises persistantes.