Des nominations militaires qui soulèvent des questions
Le 3 août dernier, plusieurs décrets présidentiels ont été publiés, désignant de nouveaux officiers généraux à des postes stratégiques de l’armée camerounaise. Parmi eux, le général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo prend désormais la direction de la garde présidentielle, un poste traditionnellement confié à un officier supérieur. Ces changements surviennent dans un contexte où le président Biya est absent du territoire depuis près de deux mois.
Pour Jean-Bruno Tagne, journaliste et co-directeur de la web-TV Naja, ces nominations ne sont pas anodines. « Aucune explication officielle n’a été donnée, mais de nombreux observateurs y voient une tentative de verrouillage sécuritaire en prévision d’une transition politique. » Selon lui, ces mouvements pourraient s’inscrire dans une logique de préparation à l’éventuelle nomination d’un vice-président, une fonction créée par une récente réforme constitutionnelle.
Le vice-président, une pomme de discorde politique
La réforme constitutionnelle de 2026 a introduit la fonction de vice-président, chargée d’assurer la continuité du pouvoir en cas de vacance. Une innovation qui suscite de vives critiques. Jean-Bruno Tagne souligne que cette mesure pourrait entraîner une situation inédite : « Les Camerounais pourraient se retrouver avec un président non élu par leurs soins, ce qui risque de cristalliser les tensions sociales. »
Dans ce contexte, le journaliste estime que les autorités cherchent à renforcer le dispositif sécuritaire avant la désignation du vice-président. « Conscient des réticences de la population, le pouvoir tente probablement de consolider sa position avant d’officialiser cette nouvelle fonction. »
Un président absent, un pays en suspens
L’absence prolongée de Paul Biya, dont l’âge avancé alimente les spéculations sur son état de santé, crée un climat d’incertitude. « À 93 ans, beaucoup s’interrogent : est-il en bonne santé ? Où se trouve-t-il exactement ? Est-il toujours en vie ? », s’interroge Jean-Bruno Tagne. Le gouvernement camerounais, de son côté, assure que l’état de santé du président n’a pas connu de dégradation et qu’il reviendra prochainement.
Interrogé sur sa propre analyse, le journaliste avance une hypothèse : « D’après les informations dont je dispose, il est plausible que le président Biya ait subi une opération chirurgicale et soit actuellement en phase de rééducation. »
Il rappelle par ailleurs qu’aucune disposition légale ne limite la durée d’un séjour à l’étranger pour le chef de l’État camerounais. « Le président peut rester six mois hors du pays sans que cela ne pose de problème juridique. Pourtant, cette absence prolongée illustre les faiblesses du système institutionnel camerounais, qui ne permet pas aux citoyens d’avoir une vision claire de la situation réelle. »
Alors que les rumeurs s’amplifient et que les ajustements sécuritaires se multiplient, les incertitudes autour de la succession de Paul Biya devraient continuer de dominer le débat politique camerounais dans les semaines à venir.
