Vaccination contre le vph au Mali : une avancée majeure pour la santé des femmes
vaccination contre le vph au Mali : une avancée majeure pour la santé des femmes
Un an après son introduction, la vaccination contre le papillomavirus humain (VPH) au Mali prend une ampleur significative. Dans la capitale Bamako et ses environs, les filles de 10 ans se rendent désormais plus nombreuses dans les centres de santé pour recevoir leur dose protectrice contre le cancer du col de l’utérus. Malgré les défis persistants — réticences, désinformations ou contraintes logistiques — soignants, associations et familles saluent cette initiative comme une révolution pour la santé féminine.
Ce jeudi 30 octobre, dans le quartier de Korofina à Bamako, une séance d’information rassemble femmes et jeunes filles au centre d’état civil. Amin Dem, sage-femme, ouvre le débat : « Au début, il y avait beaucoup de réticence. Les filles avaient peur, et les parents aussi. Mais avec la sensibilisation, les choses ont changé. »
Pour elle, la principale méfiance repose sur une rumeur persistante : celle selon laquelle le vaccin rendrait les filles stériles. « Quand on prend le temps d’expliquer, surtout dans leur langue, elles comprennent. »
Une avancée historique dans la prévention
Lancé en novembre 2024, le vaccin contre le VPH représente un tournant pour le Mali. Grâce à un schéma à dose unique offrant une protection complète, plus de 145 000 filles de 10 ans ont été vaccinées entre janvier et septembre 2025. Parmi elles, plus de 113 000 sont scolarisées, tandis que 32 400 non scolarisées ont également bénéficié du vaccin. Les autorités reconnaissent cependant la nécessité d’intensifier les efforts pour toucher davantage ces dernières, souvent plus vulnérables.
Le Dr Ibrahima Téguété, gynécologue-obstétricien au CHU du Point G, souligne que cette avancée rapproche le Mali des objectifs 90-70-90 de l’OMS : vacciner 90 % des filles contre le VPH, dépister 70 % des femmes à deux âges clés, et garantir l’accès au traitement pour 90 % des personnes atteintes de lésions. « L’introduction du vaccin est une grande satisfaction. Elle nous permet enfin d’agir en prévention primaire », déclare-t-il. Il reste cependant lucide : « Nous n’avons qu’une seule unité de radiothérapie. Le dernier “90” sera encore difficile à atteindre. »
La mobilisation collective, clé du succès
Si la campagne s’appuie sur les structures de santé publique, la société civile joue un rôle crucial. À Bamako, l’ONG Solidaris223 a multiplié les séances de sensibilisation depuis le lancement. « Nous sommes intervenus dans toutes les communes. Les mamans venaient nous demander où vacciner leurs filles », confie sa présidente, Amina Dicko.
Au Centre Djiguiya, à Bamako, une journée entière a été consacrée à la vaccination. « Soixante-dix filles internes ont reçu leur dose, et aucune n’a eu d’effet secondaire », assure la directrice, Mme Togo Mariam Sidibé.
Les adolescentes partagent leurs témoignages. Awa, 10 ans, confie : « J’avais peur de l’aiguille, mais c’est passé vite. Je suis contente, parce que ça nous protège pour plus tard. »
Pour le Dr Téguété, ces initiatives illustrent l’engagement collectif : « Les premières dotations ont été utilisées très rapidement. Cela prouve qu’il y a une volonté partagée. »
Des réticences en déclin, mais pas totalement éradiquées
Les rumeurs sur la fertilité continuent d’alimenter certaines résistances. « Certains font croire que le vaccin est un moyen de nous nuire. C’est totalement faux », insiste le Dr Téguété. Amin Dem observe au quotidien : « Aujourd’hui, certaines mamans viennent d’elles-mêmes demander le vaccin. Dès qu’on prend le temps d’expliquer, ça change tout. »
Fannata Dicko, mère d’une fille vaccinée, incarne ce changement de mentalité. « J’ai fait vacciner ma fille parce que le cancer du col de l’utérus est une maladie grave. Ma belle-mère en a été victime cette année et elle en est décédée. J’ai vu de mes propres yeux à quel point une femme peut souffrir lorsqu’elle en est atteinte. Alors j’ai préféré prévenir, pour que ma fille n’ait jamais à affronter cela plus tard. »
Malgré les progrès, le déploiement du vaccin n’est pas sans obstacles. « Entre Mopti et Gao, les déplacements sont parfois impossibles par la route », reconnaît le Dr Téguété. Pour contourner ces difficultés, certaines dotations sont acheminées par avion vers les chefs-lieux de région.
Pour aller plus loin
Le vaccin reste entièrement gratuit pour toutes les filles de 10 ans, une mesure rendue possible grâce à la collaboration entre l’État malien et ses partenaires techniques et financiers, notamment Gavi, qui facilite l’accès au vaccin à un coût réduit. Cette gratuité garantit l’équité d’accès, même dans les zones les plus reculées. « Si nous parvenons à maintenir cet effort pendant encore quelques années, nous aurons vacciné toutes les filles de 9 à 14 ans », estime le spécialiste.
Un avenir prometteur malgré les défis
Les efforts de prévention ne sont pas nouveaux. Entre 2016 et 2022, le programme Weekend 70 a permis d’augmenter le taux de dépistage du cancer du col de 15 % à plus de 70 % dans le district de Bamako. Cependant, la désinformation reste un frein majeur. « Ce que les gens ne savent pas, ils le redoutent. Il faut continuer à expliquer, informer, parler », insiste le Dr Téguété.
Il salue également l’implication des leaders religieux : « Leur soutien a énormément rassuré les familles. » À Bamako, les résultats sont tangibles : les parents sont plus confiants, et les filles plus nombreuses à se faire vacciner. « Bamako n’est pas le Mali, mais c’est un bon indicateur de ce que nous pouvons accomplir ensemble. »
Amin Dem partage cet optimisme : « Avant, on nous demandait pourquoi on parlait du cancer ici. Aujourd’hui, les gens viennent chercher des réponses. »
Pour les professionnels et les associations, le vaccin contre le VPH marque le début d’une transformation profonde de la santé des femmes au Mali. Comme le rappelle le Dr Téguété : « Derrière chaque fille vaccinée, c’est une femme sauvée. »