Touaregs et arabes du Mali : qui sont ces groupes en quête d’indépendance ?
touaregs et arabes du Mali : qui sont ces groupes en quête d’indépendance ?
Le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste, s’est allié avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) pour lancer une nouvelle offensive militaire ce week-end. Leur objectif : reprendre le contrôle des régions septentrionales et centrales du Mali, actuellement sous l’autorité des forces gouvernementales. Cette alliance marque un tournant dans le conflit qui déchire le pays depuis des décennies.
Cette offensive survient deux mois après la première coopération entre les deux groupes, qui avaient déjà mené des attaques coordonnées le 25 avril dernier. Ces assauts ont touché des zones stratégiques comme Kati, bastion du pouvoir malien, provoquant un choc politique avec la mort du ministre de la Défense et la blessure grave du chef des services de renseignement.
Les FLA avaient brièvement repris la ville de Kidal en 2023, symbole de leur avancée militaire dans le nord. Pourtant, l’armée malienne a rapidement repris le contrôle de la ville lors de sa contre-offensive. Depuis, les tensions n’ont cessé de s’intensifier, avec des préparatifs militaires visibles des deux côtés.
Une récompense de 12,4 millions de dollars a été offerte par les autorités maliennes pour toute information conduisant à l’arrestation ou à l’élimination des dirigeants du FLA et du JNIM. Pendant ce temps, l’armée et l’Africa Corps multiplient les opérations dans le nord, avec des investissements massifs dans du matériel militaire pour contrer une éventuelle reprise des hostilités.
Des rapports récents indiquent une recrudescence du recrutement au sein des populations du nord du Mali en prévision de cette nouvelle offensive. Les observateurs locaux surveillent de près cette mobilisation, qui pourrait redessiner la carte géopolitique de la région.
Qui compose le Front de libération de l’Azawad (FLA) ?
Les Forces de libération de l’Azawad (FLA) sont nées le 30 novembre 2024 à Tinzaouatene, ville frontalière avec l’Algérie, de la fusion de plusieurs groupes armés touaregs et arabes. Leur but : obtenir l’indépendance de l’Azawad, une région s’étendant entre Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka.
L’Azawad a été proclamé État indépendant en 2012 par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’un des principaux groupes ayant contribué à la formation des FLA. Ces mouvements s’inscrivent dans une longue histoire de rébellion, remontant à 1988 en Libye avec la création du Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA) par des exilés algériens et libyens.
Parmi les figures clés du FLA :
- Bilal Ag Acherif, président des FLA, né à Kidal en 1977. Il incarne la direction politique et stratégique du mouvement.
- Alghabass Ag Intalla, chef militaire, fils d’Intallah Ag Attaher, un chef traditionnel Ifoghas décédé en 2014. Il supervise les opérations militaires et les relations avec le JNIM.
- Mohamed Ramadane, porte-parole du groupe, qui communique régulièrement sur les actions et les revendications des FLA.
Les FLA succèdent au Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PDA), lui-même issu de la fusion de plusieurs factions séparatistes, dont le MNLA, le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA), les factions rebelles du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) et le Groupe d’autodéfense touareg imghadien et ses alliés (Gatia).
Quels sont les objectifs du FLA ?
Les Touaregs et les Arabes maliens s’opposent au gouvernement central depuis l’indépendance du Mali en 1960. Cette opposition s’est traduite par plusieurs rébellions, notamment en 1962, entre 1990 et 1996, et enfin en 2012. Leur objectif actuel : établir une République de l’Azawad, un territoire autonome pour les deux millions de Touaregs dispersés en Afrique de l’Ouest et du Nord, fragmentés par les conséquences de la colonisation.
Les FLA dénoncent une marginalisation systémique de la part du gouvernement malien, tant sur le plan politique, économique que culturel. Les régions du nord, riches en ressources naturelles comme le sel, l’uranium, l’or, les diamants et les phosphates, souffrent d’un manque criant d’infrastructures : écoles, centres de santé, accès à l’eau et à l’électricité, routes.
Bilal Ag Acherif a récemment réaffirmé cette volonté d’indépendance, déclarant que l’Azawad « a été annexé au Mali sans tenir compte de son histoire en tant que civilisation indépendante ».
Le gouvernement malien accuse l’Algérie et la Mauritanie de soutenir les FLA. L’Algérie avait joué un rôle de médiateur dans les accords d’Alger de 2015, avant que le Mali ne les abandonne en janvier 2024. D’autres pays comme l’Ukraine et la France ont également été pointés du doigt.
Les effectifs exacts des FLA restent difficiles à estimer. Mohamed Ramadane affirme que le groupe dispose d’une « présence militaire étendue de la frontière mauritanienne à la frontière algérienne », avec des bases principales près de Kidal et Tinzaouatene.
Entre 2024 et 2025, les FLA ont régulièrement utilisé des drones kamikazes lors de leurs attaques. Cependant, ils diffusent aussi des images de leurs combattants équipés de fusils, évoluant en convois motorisés à travers le désert.
Comment s’est construite l’alliance entre le FLA et le JNIM ?
Les relations entre le FLA et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) ont connu une évolution significative depuis mi-2024. Le chef du JNIM, Iyad Ag Ghali, était autrefois une figure majeure de la rébellion touarègue avant de se tourner vers des groupes islamistes radicaux à la fin des années 1990.
En mai 2024, Alghabass Ag Intalla aurait annoncé que le CSP-PDA avait entamé des discussions avec le JNIM en vue d’un rapprochement. Mohamed Ramadane a ensuite précisé qu’un « pacte tacite de non-agression » avait été conclu entre les deux groupes.
En juillet 2024, le CSP-PDA, avec l’appui du JNIM, a infligé de lourdes pertes aux soldats maliens et aux mercenaires russes du groupe Wagner lors de la bataille de Tinzaouatene. Cependant, le JNIM a reproché aux FLA de ne pas avoir reconnu « les sacrifices et la générosité » de ses combattants.
En mars 2025, des médias locaux ont rapporté que les deux groupes avaient convenu de combattre ensemble l’armée malienne et les troupes russes après des pourparlers fin février 2025. Après les attaques du 25 avril, cette alliance a été officiellement reconnue par les deux parties.
Si les FLA présentent cet accord comme une « convergence stratégique » visant à renverser le régime militaire, le JNIM insiste sur le fait que ce partenariat est né après que les Touaregs aient accepté « l’instauration de la charia ». Bilal Ag Acherif a nuancé cette alliance, déclarant à Al Arabiya Al Hadath que, malgré des divergences idéologiques, « nous discutons de solutions locales » et partageons un ennemi commun.
La pérennité de cette collaboration reste incertaine, en raison des profondes différences idéologiques et des objectifs distincts des deux mouvements.