Togo : le nouveau système routier qui cache un détournement de 200 millions de dollars

Togo : le nouveau système routier qui cache un détournement de 200 millions de dollars

La récente création de l’AGEROUTE (Agence des travaux et de la gestion des routes) et de la SONAFIR (Société nationale de financement routier), annoncée en Conseil des ministres, avait tout d’une opération de communication bien rodée. Présentée comme une étape majeure vers une meilleure gouvernance du secteur routier et une optimisation des chantiers, cette réorganisation suscite pourtant de vives interrogations. Pour les experts des circuits financiers ouest-africains, ce bouleversement institutionnel ressemble plutôt à une manœuvre de diversion. Derrière le décorum des décrets et le remaniement administratif se cache une réalité bien plus trouble : la mise en place d’un écran de fumée conçu pour absorber, diluer et justifier la gestion des 200 millions de dollars récemment alloués par la Banque mondiale à la modernisation des services de transport.

Une réorganisation au timing suspect

Au Togo, le hasard des calendriers politiques est rarement innocent. Pourquoi dissoudre l’ancienne SAFER (Société autonome de financement de l’entretien routier) et éclater le secteur à ce moment précis ? La réponse se trouve dans les promesses de décaissement des bailleurs de fonds. L’arrivée imminente de cette enveloppe massive de 200 millions de dollars aiguise les appétits et imposerait une refonte des canaux de réception des fonds.

La création simultanée de la SONAFIR, chargée de mobiliser et de diversifier le financement, et de l’AGEROUTE, responsable de l’exécution technique, crée une séparation artificielle. Ce dédoublement des structures instaure le mécanisme idéal pour diluer les responsabilités. En inventant de nouvelles entités juridiques, le pouvoir s’affranchit des anciens garde-fous administratifs, des audits en cours et des règles classiques de contrôle budgétaire. On dissout le passé pour mieux effacer la traçabilité de l’avenir.

SONAFIR et AGEROUTE : les deux faces d’une boîte noire financière

Sous couvert de spécialisation, le gouvernement met en place un circuit fermé parfait pour l’évaporation des ressources. D’un côté, la SONAFIR hérite d’un mandat élargi et de prérogatives accrues pour gérer les flux de capitaux. Elle devient une véritable boîte noire financière où les millions de la Banque mondiale peuvent être brassés, segmentés et réaffectés loin des regards indiscrets et des mécanismes de contrôle parlementaire ou citoyen.

De l’autre côté, l’AGEROUTE est promue maître d’ouvrage délégué, avec le monopole de l’attribution et de la validation technique des chantiers. Ce face-à-face institutionnel entre deux entités fraîchement créées verrouille le jeu. Le contrôle croisé qui devrait garantir la transparence se transforme en connivence structurelle, où l’argent de l’aide internationale passe d’une main à l’autre au sein du même cercle d’influence.

L’aide internationale comme rente de réseaux

L’histoire récente des grands travaux d’infrastructure au Togo a souvent montré que la multiplication des agences gouvernementales rime avec opacité plutôt qu’avec efficacité. Au lieu de renforcer les ministères existants et de soumettre la gestion des transports à des audits indépendants et rigoureux, le choix de créer des structures parallèles confirme la volonté d’isoler la manne financière extérieure.

Les 200 millions de dollars de la Banque mondiale, initialement destinés à désenclaver les régions, améliorer la connectivité et réduire les coûts logistiques pour les populations togolaises, risquent fort de servir de carburant à une vaste entreprise de captation de fonds. Sans mécanismes stricts de reddition des comptes et de passation transparente des marchés publics, l’AGEROUTE et la SONAFIR n’apparaissent que comme un paravent technique. Un habillage de modernité administrative destiné à donner des gages de bonne gouvernance aux bailleurs de fonds, tout en sécurisant en coulisses le détournement programmé de la fortune publique.

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