Succès Masra : son enfermement au Tchad dénoncé par sa sœur

Succès Masra : son enfermement au Tchad dénoncé par sa sœur

Un opposant tchadien en prison depuis un an : l’urgence d’une prise en charge médicale

Enfermé depuis un an sans preuve tangible ni témoignage probant, l’opposant tchadien Succès Masra, figure de proue du parti Les Transformateurs, subit une détention jugée injuste par sa sœur, Chancelle Masra. Condamné à vingt ans de prison en août 2025 pour un message diffusé en 2023, il est aujourd’hui privé de soins adaptés et de conditions dignes de détention.

Une détention sans fondement juridique

« Mon frère est enfermé sans preuve, sans témoignage », déclare Chancelle Masra depuis la France. Officiellement, il purge une peine pour incitation à la haine et à la violence, accusé d’avoir contribué à des affrontements intercommunautaires dans le sud du Tchad. Pourtant, son parti insiste : depuis 2018, Succès Masra n’a cessé de prôner le dialogue pacifique, refusant toute forme de violence. En 2023, il a même signé un accord de paix avec le gouvernement et renoncé à son salaire de Premier ministre pour servir le pays.

« Ce n’est pas un homme qui incite à la haine. C’est un pacifique », martèle sa sœur. « Enfermer un innocent ne résoudra pas les tensions. »

Un état de santé préoccupant

Selon des rapports médicaux, Succès Masra souffre de problèmes respiratoires nécessitant des analyses complémentaires. Problème : ces examens sont impossibles à réaliser au Tchad. « Il est détenu dans une pièce de moins de quinze mètres carrés, sans accès à la lumière du jour depuis le 16 mai 2025 », précise Chancelle Masra. « Pas de lit, pas de sport, pas de conditions dignes. »

Les visites familiales et médicales ont été obtenues après de longues démarches, mais les contacts téléphoniques restent totalement interdits. Ses appareils électroniques ont été confisqués, le coupant de tout lien avec l’extérieur.

Une situation qui interroge la communauté internationale

« Nous parlons d’un innocent », insiste sa sœur. « Le dossier est vide. » Malgré l’appel formé par Succès Masra, la date du procès reste inconnue. Chancelle Masra salue la mobilisation de l’Union européenne, qui a rappelé l’importance de respecter les droits humains au Tchad. « Sans cette pression, mon frère ne serait plus en vie », confie-t-elle.

« Aujourd’hui, je peux m’exprimer librement depuis la France, mais combien d’autres n’ont pas cette chance ? » s’indigne-t-elle. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont également alerté sur son cas, soulignant l’urgence d’une prise en charge médicale et d’une libération.

Un climat politique tchadien de plus en plus tendu

La détention de Succès Masra s’inscrit dans un contexte où les opposants politiques sont de plus en plus ciblés. Récemment, huit membres du GCAP ont été condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique. « Sans liberté d’expression, il n’y a pas de démocratie », rappelle Chancelle Masra. « Le gouvernement évoque une opposition représentée au Parlement, mais cela ne suffit pas. La justice ne doit pas servir à régler des comptes. »

Malgré les défections au sein de son parti, Succès Masra reste un symbole de mobilisation pour ses partisans. « Deux personnes sur des milliers ne signifient pas un affaiblissement. Les Tchadiens savent pouvoir compter sur lui pour construire le pays », souligne sa sœur.

Quelles perspectives pour sa libération ?

Chancelle Masra mise sur la pression internationale pour obtenir sa libération. « Les chefs d’État africains et européens ont un rôle à jouer », estime-t-elle. Elle évoque également la réouverture des canaux diplomatiques entre le Tchad et la France après la visite de Mahamat Idriss Déby à l’Élysée en janvier 2026. « Il ne faut pas abandonner la défense des innocents sous prétexte de lutte antiterroriste. »

Pour elle, l’enjeu dépasse sa famille : « Libérer Succès Masra, c’est défendre les valeurs de démocratie et de justice. »

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