Sexisme au parlement congolais : les femmes élues toujours ciblées

Sexisme au parlement congolais : les femmes élues toujours ciblées

Le 15 mai 2026, un incident sexiste a éclaté à l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. Alors que la députée Micheline Mpundu achevait sa motion d’information, le deuxième vice-président Christophe Mboso, qui présidait la séance, a lancé depuis le perchoir : « Merci collègue, elle est très belle… hein. »

En lingala, il a poursuivi : « Regardez-la par vous-mêmes », mimant les formes de l’élue avec ses mains, sous les rires et applaudissements nourris de l’hémicycle. La séance a continué comme si de rien n’était.

Ce n’est qu’après l’indignation de figures politiques, d’activistes et des pressions internes que Mboso a présenté des excuses, plusieurs jours plus tard, sans subir la moindre sanction.

Ce cas de violence verbale relance une interrogation : quand les parlements africains, et congolais en particulier, cesseront-ils d’être des espaces hostiles aux femmes qu’ils sont censés représenter ?

Mes recherches doctorales en science politique explorent les masculinités dans les organes législatifs congolais. Je considère cet incident non comme un écart isolé, mais comme un problème structurel, révélateur du décalage entre les engagements officiels et la réalité des femmes élues.

Analyse comparative d’un phénomène qui dépasse la RDC

Les violences sexistes au parlement ne sont pas propres à la RDC. D’autres cas documentés montrent un frein à la participation politique des femmes. L’augmentation du nombre de femmes élues dans les années 1990 a été perçue comme une menace par le système patriarcal, suscitant des résistances structurelles de collègues masculins.

L’Union interparlementaire a révélé en 2016 que 65,5 % des femmes parlementaires de 39 pays ont subi des agressions verbales répétées. Ces violences viennent souvent de collègues et se concentrent sur l’apparence des élues plutôt que sur leur travail. Le sexisme s’installe dans l’hémicycle, comme l’illustre la vidéo de Kinshasa.

Les applaudissements filmés ne sont pas anodins : ils dévoilent un système qui tolère ces comportements, comme l’analyse la philosophe Kate Manne. La violence sémiotique, concept de Mona Lena Krook, rappelle que les femmes sont perçues comme des corps avant tout. La colonialité du genre, théorisée par María Lugones, explique cette hiérarchie héritée de la colonisation. Les femmes sont élues avec les mêmes droits, mais restent soumises au contrôle patriarcal.

Des précédents africains

D’autres exemples confirment la tendance. Au Sénégal, la députée Amy Ndiaye, enceinte, a été giflée et frappée au ventre en 2022 en plein hémicycle. Au Nigeria, la sénatrice Natasha Akpoti-Uduagha a été suspendue en 2025 pour avoir dénoncé le harcèlement sexuel du président du Sénat. Ces trois femmes, de pays différents, ont vécu des violences similaires, montrant que si les parlements africains tolèrent les voix des femmes, leur dignité n’est pas respectée.

Le cas congolais en détail

En RDC, d’autres incidents ont marqué l’histoire récente. Le 30 avril 2020, Thambwe Mwamba, alors président du Sénat, a humilié la sénatrice Bijoux Ngoya en séance plénière, l’accusant implicitement d’avances pour un poste. Le 15 juillet 2021, lors d’un débat constitutionnel, le député Nsingi Pululu a interrompu Christelle Vuanga avec ces mots : « Vous êtes une femme », diminuant sa capacité à s’exprimer. L’affaire Mboso n’est donc pas surprenante : malgré les conventions ratifiées et les lois adoptées, la pratique parlementaire n’a pas changé.

Une réflexion qui continue

Simone de Beauvoir écrivait en 1949 que les femmes sont définies comme « les autres ». En 2026, cette altérité persiste au Parlement congolais : les députées sont réduites à leur corps. Ces incidents sape la démocratie de l’intérieur. Sans sanctions, le message est clair : le sexisme reste impuni. Avec seulement 65 femmes sur 477 députés (13 %), le parlement ne reflète pas la population, où les femmes représentent 51 %. Des campagnes comme #NotTheCost ou #NotInMyParliament montrent que des solutions existent via des sanctions et la protection des victimes. La RDC a de belles lois, comme le projet sur les violences faites aux femmes examiné au Sénat en 2025, mais sans application, elles restent des vœux. Ne pas sanctionner Mboso envoie un signal décourageant à toutes les femmes congolaises qui envisagent une carrière politique.

ouagadirect