Rivalités et divisions autour de la CRP/FRP de Thomas Lubanga en Ituri

Rivalités et divisions autour de la CRP/FRP de Thomas Lubanga en Ituri

CRP/FRP Thomas Lubanga : une alliance avortée avec l’AFC/M23 et un manque criant de soutien en Ituri

Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo (RDC) lève le voile sur l’échec de la Convention pour la révolution populaire/Forces pour la révolution populaire (CRP/FRP) de Thomas Lubanga à s’imposer comme une force majeure dans l’est du pays. Malgré des tentatives de rapprochement avec l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFC/M23), aucune coopération officielle n’a été enregistrée à ce jour. Pire, le mouvement peine à rallier un soutien significatif auprès des groupes armés et des communautés locales de l’Ituri.

Créé officiellement le 10 janvier 2025 sous la direction de Thomas Lubanga, ancien condamné par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, ce mouvement politico-militaire s’est rapidement positionné comme une alternative à la gouvernance nationale. Son objectif affiché : dénoncer la mauvaise gestion politique, la corruption et les violations massives des droits humains qui minent la RDC depuis des années. Pourtant, malgré ce discours mobilisateur, la CRP/FRP reste une force marginale dans un paysage déjà fragmenté par des dizaines de groupes armés.

Un mouvement en quête de légitimité et d’alliances

Dans son rapport rendu public début juillet 2026, le Groupe d’experts de l’ONU confirme que Thomas Lubanga a publiquement endorsed l’AFC/M23 le 16 juillet 2025, une démarche visant à s’inscrire dans une dynamique régionale plus large. Pourtant, cette tentative d’alignement n’a abouti à aucune collaboration concrète. « Aucune coopération officielle avec ce groupe n’a été signalée à ce jour », soulignent les experts dans leur document adressé au Conseil de sécurité.

Parmi les figures clés de la CRP/FRP figurent d’anciens chefs de guerre, des personnalités politiques et des responsables locaux de l’Ituri. Certains de ses cadres, comme Lobho Gokpa Justin, un ancien colonel des Forces armées de la RDC (FARDC), occupent des postes de direction. Cependant, la cohésion interne du mouvement a été sérieusement ébranlée par une vague de défections au sein de sa direction. En novembre 2025, la CRP/FRP ne comptait plus que 300 combattants. Aujourd’hui, ses effectifs auraient gonflé jusqu’à près de 1 000 membres, principalement recrutés au sein de la communauté Hema, avec quelques éléments issus du groupe Zaïre. Le recrutement s’étend également aux camps de personnes déplacées et de réfugiés en Ouganda.

Un recrutement difficile et un ancrage local limité

Malgré ces efforts de mobilisation, la CRP/FRP peine à convaincre les autres groupes armés et les communautés de l’Ituri de rejoindre sa cause. Innocent Kaina, visé par des sanctions internationales, a tenté de renforcer les rangs du mouvement en recrutant des anciens combattants du M23 dans les camps de réfugiés ougandais. Cependant, ces initiatives n’ont pas suffi à créer un élan significatif. Les tentatives de recrutement auprès des jeunes Lendu, une communauté locale influente, se sont également soldées par des échecs relatifs.

La base sociale de la CRP/FRP repose principalement sur la communauté du « G5 » et les Hema, mais cette approche ethnique limite considérablement son attractivité. Les communautés locales, déjà éprouvées par des années de violences et de violations des droits humains, restent méfiantes envers ce mouvement, dont les méthodes et les objectifs restent flous pour beaucoup.

Un passé lourd et une crédibilité à reconstruire

L’histoire de Thomas Lubanga pèse lourdement sur la perception de la CRP/FRP. Arrêté en 2006 sur mandat de la CPI, il a été condamné en 2012 pour avoir recruté et utilisé des enfants soldats. Libéré en 2020 après avoir purgé 14 ans de prison, il a ensuite été intégré à la Task force présidentielle mise en place par le président Félix-Antoine Tshisekedi pour sensibiliser les populations de l’Ituri à la paix. Malgré ces missions, ses efforts n’ont pas abouti à des résultats concrets, et son élection comme député de l’Ituri a été annulée.

Dans un communiqué, la CRP/FRP se présente comme le fer de lance d’un changement nécessaire en RDC, dénonçant la « démission scandaleuse de l’État » dans ses missions régaliennes. Le mouvement accuse la gouvernance militaire d’avoir manipulé et parrainé des groupes armés pour conserver un pouvoir politique oppressif, tout en favorisant une exploitation minière criminelle. Ces accusations, bien que reflétant des réalités locales, peinent à donner une légitimité nouvelle à un mouvement dont l’histoire et les méthodes restent controversées.

Un avenir incertain pour la CRP/FRP

Avec une base sociale restreinte, des alliances avortées et une crédibilité entachée par son passé, la CRP/FRP de Thomas Lubanga semble condamnée à rester un acteur marginal dans le conflit Est de la RDC. Malgré ses ambitions affichées, le mouvement n’a pas réussi à s’imposer comme une alternative crédible aux dizaines de groupes armés qui se disputent le contrôle de l’Ituri. Pour l’instant, la quête de soutien et de légitimité de la CRP/FRP reste un échec patent, dans un contexte où la population congolaise, épuisée par des décennies de violences, aspire avant tout à la paix et à la stabilité.

Miliciens à l’est de la RDC

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