Qui menace la qualité des infrastructures au Burkina Faso ? le rôle clé des ingénieurs en génie civil

Qui menace la qualité des infrastructures au Burkina Faso ? le rôle clé des ingénieurs en génie civil
Écouter l'article6 min

Chaque route, chaque pont ou chaque bâtiment qui s’élève au Burkina Faso porte en lui une question cruciale : qui veille vraiment à la sécurité et à la durabilité de ces infrastructures ? Derrière ces réalisations se cache un enjeu majeur pour le pays, celui de la qualité des constructions, directement lié à la responsabilité des ingénieurs en génie civil. L’Ordre des ingénieurs en génie civil du Burkina Faso (OIGC–BF) a choisi d’interpeller l’opinion publique lors d’un point de presse à Ouagadougou, mettant en lumière les défis qui pèsent sur la profession et leurs conséquences pour l’avenir.

Un secteur sous pression : qualité des infrastructures et souveraineté nationale

L’ingénieur en génie civil n’est pas simplement un acteur technique, mais un pilier essentiel de la souveraineté du Burkina Faso. Ousmane Honoré Ouédraogo, président de l’OIGC–BF, a rappelé lors de cette rencontre que la capacité d’un État à garantir des infrastructures modernes et adaptées repose en grande partie sur l’expertise de ses cadres techniques. Dans un contexte où les besoins en infrastructures sont immenses, la qualité des constructions devient une priorité nationale, intimement liée à la stabilité économique et sociale.

« Les infrastructures ne sont pas de simples ouvrages. Elles symbolisent la confiance que les citoyens accordent à leur État, leur capacité à bâtir un avenir durable », a-t-il déclaré. Or, cette confiance est aujourd’hui menacée par des pratiques inquiétantes : exercice illégal de la profession, absence de contrôles rigoureux, ou encore recours à des acteurs non qualifiés.

Des normes strictes pour des infrastructures fiables

Pour restaurer la confiance dans les constructions et répondre aux attentes de la population, l’Ordre des ingénieurs en génie civil du Burkina Faso a fixé des missions précises. Parmi elles : la lutte contre l’exercice illégal, l’élaboration d’une grille tarifaire pour encadrer les prestations d’ingénierie, et la modernisation des textes régissant la profession.

Ces actions répondent à un double objectif : garantir que chaque infrastructure soit conçue, réalisée et contrôlée par des professionnels qualifiés, et protéger les citoyens contre les risques liés à des constructions défaillantes. « Notre ambition est claire : chaque bâtiment, chaque chaussée doit refléter le niveau d’exigence qui sied à un État souverain », explique Ousmane Honoré Ouédraogo.

La loi comme bouclier : quand l’exercice illégal menace la sécurité

Le Burkina Faso dispose d’un cadre légal précis, notamment la loi n° 020–2012/AN du 10 mai 2012, qui encadre strictement l’exercice de la profession d’ingénieur en génie civil. Pourtant, des acteurs non habilités s’introduisent régulièrement dans le secteur, mettant en péril la sécurité des infrastructures et des usagers.

Selon la loi, l’exercice illégal est sévèrement sanctionné : il peut entraîner des peines d’emprisonnement, des amendes, ou encore la fermeture d’établissements. L’article 8 de la loi stipule qu’« nul ne peut exercer la profession d’ingénieur en génie civil au Burkina Faso s’il n’est inscrit au tableau de l’Ordre ». De même, l’article 68 qualifie d’exercice illégal le fait d’exercer sans inscription valide ou sans police d’assurance.

Pour les ingénieurs régulièrement inscrits, ces dispositions ne sont pas des contraintes, mais une garantie : celle d’offrir des prestations fiables, contrôlées et responsables. « Ces textes ne sont pas là pour menacer, mais pour protéger. Ils assurent à chaque citoyen que l’infrastructure qu’il utilise a été conçue par un professionnel reconnu, identifié et responsable », insiste le président de l’OIGC–BF.

Des sanctions dissuasives pour un secteur plus transparent

Les conséquences de l’exercice illégal sont lourdes, tant pour les contrevenants que pour les usagers. Outre les risques de sanctions pénales, les acteurs non qualifiés s’exposent à des condamnations financières, à la confiscation de matériel, voire à l’exclusion des marchés publics. Ces mesures visent à dissuader toute tentative de contourner les règles et à renforcer la crédibilité du secteur.

L’Ordre a également mis en avant l’importance de la formation continue et de l’encadrement des stagiaires. Ces initiatives permettent de garantir que les nouvelles générations d’ingénieurs soient toujours à la hauteur des exigences techniques et éthiques du métier.

Vers une harmonisation sous-régionale pour des normes adaptées au Sahel

La coopération entre les pays de la région est un autre levier stratégique pour améliorer la qualité des infrastructures. L’OIGC–BF collabore étroitement avec les ordres professionnels du Mali et du Niger dans la perspective des Journées scientifiques de l’ingénieur génie civil de l’Alliance des États du Sahel (AES), prévues en 2027.

Cet événement ambitionne de réunir des experts locaux et internationaux pour élaborer des normes techniques harmonisées, adaptées aux spécificités climatiques et géographiques du Sahel. « L’objectif est clair : renforcer la résilience des infrastructures face aux défis climatiques tout en garantissant une qualité optimale », précise Ousmane Honoré Ouédraogo.

Des normes partagées pour une région plus solide

Les enjeux ne connaissent pas de frontières. En mutualisant leurs expertises, le Burkina Faso, le Mali et le Niger pourront mutualiser leurs forces pour mieux répondre aux besoins de développement tout en respectant les standards internationaux. Ces normes harmonisées permettront également de faciliter les échanges commerciaux et techniques entre les pays de la région.

Ousmane Honoré Ouédraogo
Ordre des ingénieurs en génie civil du Burkina Faso (OIGC-BF)
Ordre des ingénieurs en génie civil du Burkina Faso (OIGC-BF)
Flux de la rubriqueSuivez nos publications en direct dans votre application de lecture RSS
SociétéTous les articles

Souleymane Traoré

Journaliste