Paul biya remanie l’armée camerounaise dans un contexte de tensions internes
Paul Biya remanie l’armée camerounaise : un geste face aux inquiétudes persistantes

Le président camerounais Paul Biya, chef de l’État depuis plus de quatre décennies, a opéré un remaniement significatif au sein de l’armée nationale. Cette décision intervient alors que son absence prolongée du territoire camerounais, désormais entrée dans son troisième mois, alimente les spéculations et les tensions internes.
Âgé de 93 ans, Paul Biya a nommé de nouveaux responsables dans les plus hautes sphères militaires et promu cinq officiers supérieurs au grade de général de brigade. Ces changements, annoncés par décrets depuis Genève où il séjourne, visent à renforcer la stabilité des forces de défense et de sécurité du pays.
Des remaniements militaires récurrents
Ces ajustements dans la hiérarchie militaire ne sont pas une première pour l’administration Biya. Ils s’inscrivent dans une stratégie récurrente, notamment en période de pression politique ou de fragilité institutionnelle. Après le renversement du régime gabonais voisin il y a trois ans, le Cameroun avait déjà réorganisé son commandement militaire. Plus récemment, lors de la dernière campagne électorale, Biya avait procédé à des ajustements similaires au sommet de l’armée.
En juin dernier, plusieurs hauts gradés avaient également bénéficié de promotions, suscitant des débats sur les réseaux sociaux quant aux motivations réelles de ces décisions.
Une absence prolongée qui interroge
Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin pour un prétendu « séjour privé » en Suisse. Près de 60 jours plus tard, son absence continue de nourrir les interrogations sur son état de santé et la gestion des affaires de l’État.
Les Camerounais s’interrogent : où se trouve exactement le président ? Que fait-il concrètement depuis Genève ? Son gouvernement, resté muet sur les activités du chef de l’État, a multiplié les communiqués rassurants sans jamais fournir de preuves tangibles de son état de santé.
Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a réaffirmé à plusieurs reprises que Paul Biya était en bonne santé et qu’il reviendrait prochainement. Il a également balayé les critiques de l’opposition, qualifiant d’infondées les allégations de vacance du pouvoir.
Un vide institutionnel dénoncé
Des voix s’élèvent pour dénoncer un « vide institutionnel » préoccupant. Mamadou Mota, vice-président du parti d’opposition CRM, a vivement critiqué la gouvernance à distance de Biya :
« Le pouvoir exécutif s’exerce au cœur de la nation, et non par des signaux de fumée ou par télépathie depuis des suites d’hôtel à l’autre bout du monde. »
L’opposition rappelle que, malgré les promesses de remaniement gouvernemental après les dernières élections, aucun changement n’a été opéré. Le poste de vice-président, créé en avril, reste toujours vacant.
Par ailleurs, pendant son séjour à l’étranger, Paul Biya a signé plusieurs décrets autorisant son gouvernement à contracter des prêts auprès d’institutions financières internationales. Une activité qui contraste avec l’opacité entourant sa santé et ses déplacements.
Les organisations de défense de la liberté de la presse avaient déjà manifesté leur indignation en 2024, lorsque les médias locaux se sont vu interdire de publier des informations sur l’état de santé du président.
Alors que les Camerounais attendent des clarifications, la situation reste tendue, entre inquiétudes pour la stabilité du pays et spéculations sur l’avenir politique d’un régime qui dure depuis plus de 40 ans.