Or en Afrique : transparence et responsabilité des acteurs miniers au Cameroun et en RDC

Or en Afrique : transparence et responsabilité des acteurs miniers au Cameroun et en RDC

Exploitation de l’or au Cameroun et en RDC : l’impérieuse nécessité de rendre des comptes

Un employé chinois sur un site minier de Betare Oya, au Cameroun, en 2018.

Au Cameroun comme en République démocratique du Congo, la gestion des ressources aurifères suscite de vives inquiétudes. Malgré les avancées enregistrées, les mécanismes de contrôle et de redistribution des richesses issues de l’exploitation de l’or restent défaillants. Les chiffres, révélés par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), sont édifiants : tandis que les autorités camerounaises ne déclarent que 22 kilos d’or exportés en 2023, les importateurs évoquent des transactions atteignant 15 tonnes pour la même période.

Cette disparité soulève des questions cruciales sur la traçabilité des flux financiers et la transparence des acteurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers. Les opérateurs miniers, qu’ils proviennent du secteur privé local ou d’entreprises internationales, se doivent de rendre des comptes sur l’utilisation des revenus générés par cette filière en pleine expansion.

Une réalité économique contrastée

Les données publiées par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) révèlent un écart préoccupant entre les déclarations officielles et la réalité des échanges. En République démocratique du Congo, où l’or représente une manne économique majeure, les circuits de redistribution des revenus miniers restent opaques. Les retombées pour les populations locales et les infrastructures publiques peinent à se matérialiser, malgré les engagements pris par les gouvernements.

Les défis sont multiples : fraudes fiscales, contournement des réglementations, et manque de moyens pour assurer un suivi rigoureux des activités minières. Les zones aurifères, souvent isolées, deviennent le théâtre d’une exploitation parfois anarchique, où les petits mineurs artisanaux coexistent avec des entreprises industrielles aux pratiques peu scrupuleuses.

Les exigences de la société civile

Face à cette situation, les voix de la société civile s’élèvent de plus en plus fort. La professeure Aïcha Pemboura, chercheuse à l’Observatoire du crime organisé et de la violence en Afrique centrale de l’Institut d’études de sécurité (ISS), alerte sur les risques liés à l’absence de transparence. « Les opérateurs miniers, qu’ils soient nationaux ou étrangers, doivent impérativement rendre des comptes sur leurs activités et les revenus générés », déclare-t-elle. Elle souligne l’urgence de renforcer les cadres juridiques et d’appliquer des sanctions dissuasives en cas de manquement.

Les enjeux sont à la fois économiques, sociaux et sécuritaires. Une exploitation minière non régulée favorise les conflits, alimente la corruption et prive les États de ressources essentielles pour financer des services publics de qualité. Pour les deux pays, il est temps de passer des déclarations d’intention à des actions concrètes.

Vers une régulation renforcée

La transparence doit devenir la pierre angulaire de la gestion aurifère. Les gouvernements du Cameroun et de la RDC sont appelés à collaborer étroitement avec les acteurs de la société civile et les partenaires internationaux pour mettre en place des mécanismes de contrôle indépendants. L’objectif ? S’assurer que chaque gramme d’or extrait contribue au développement durable et à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Les initiatives comme l’ITIE doivent être renforcées, et les rapports d’audit rendus publics pour garantir une traçabilité sans faille. Les entreprises minières, qu’elles soient locales ou étrangères, ont la responsabilité de publier des données précises sur leur production, leurs exportations et leurs contributions fiscales. Sans cette rigueur, les promesses de prospérité resteront lettre morte.

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