Niger : trois ans après le coup d’état, un régime qui musèle la population

Niger : trois ans après le coup d’état, un régime qui musèle la population

Un coup d’État suivi d’un recul démocratique sans précédent

Il y a trois ans jour pour jour, le Niger basculait dans une nouvelle ère politique après le renversement du président élu Mohamed Bazoum par un groupe de militaires emmenés par le général Abdourahamane Tiani. Depuis, le pays est engagé dans une spirale autoritaire aux conséquences dramatiques. Les institutions démocratiques, autrefois fragiles, ont été méthodiquement démantelées par le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), qui impose désormais un contrôle strict sur tous les leviers du pouvoir.

Détentions arbitraires et justice instrumentalisée

Le symbole le plus frappant de cette dérive reste la détention prolongée de l’ancien chef de l’État, Mohamed Bazoum, et de son épouse. Malgré les condamnations répétées de la communauté internationale, les autorités maintiennent leur incarcération sous des prétextes sécuritaires flous. La société civile n’est pas épargnée : l’arrestation de Moussa Tiangari, militant des droits humains, illustre la répression croissante. Les modifications rétroactives du Code de procédure pénale, allongeant la durée de la détention provisoire à quatre ans dans les affaires liées au terrorisme, ont encore fragilisé les droits des citoyens.

Libertés publiques étouffées : médias et opposition dans le viseur

Le régime a systématiquement verrouillé l’espace public en s’attaquant aux structures essentielles à la démocratie :

  • Partis politiques et syndicats dissous : Tous les mouvements d’opposition ont été interdits, tandis que de nombreuses ONG et syndicats indépendants subissent des suspensions arbitraires.
  • Médias muselés : La révision de la loi sur la cybercriminalité sert de prétexte pour censurer les voix critiques. En octobre dernier, six journalistes niameyens ont été incarcérés pour avoir relayé une simple invitation à une conférence de presse.
  • Chasse aux opposants en exil : La junte n’hésite plus à recourir à des mesures radicales, comme la déchéance de nationalité, pour neutraliser ses détracteurs à l’étranger, comme ce fut le cas pour Mariama Djibrine, figure de l’opposition.

Un virage sociétal régressif

En mars 2025, le Niger a adopté une réforme du Code pénal qui criminalise les relations homosexuelles et les soutiens à la communauté LGBT, prévoyant des peines allant jusqu’à 20 ans de prison. Cette décision a déjà entraîné des arrestations massives et mis en péril des programmes sanitaires cruciaux, notamment dans la lutte contre le VIH.

Un isolement diplomatique qui fragilise les Nigériens

Sur la scène internationale, Niamey a choisi une politique de rupture en quittant la CEDEAO et en se retirant de la Cour pénale internationale (CPI) en juin 2025. Ce retrait prive les citoyens de toute protection juridique face aux exactions, alors que la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri reste critique, avec des civils pris pour cible lors d’opérations militaires.

Appel à une mobilisation internationale

Face à ce bilan accablant, les organisations de défense des droits humains appellent la communauté internationale à ne plus fermer les yeux. Elles exigent la libération immédiate des prisonniers politiques et un retour à un processus démocratique, seul garant d’un avenir stable pour le Niger.

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