L’Union africaine face aux élections : entre procédure et démocratisation réelle
L’UA et les élections en Afrique : un rôle de témoin ou de moteur démocratique ?
Les élections africaines de 2025 révèlent un fossé grandissant entre la tenue des scrutins et leur impact réel sur la démocratie. Alors que l’Union africaine (UA) renforce ses missions d’observation électorale, force est de constater que son action se limite souvent à une simple validation procédurale, sans garantir une compétition politique équitable ni une gouvernance transparente.
Une Charte africaine exigeante, mais peu appliquée
La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance confère à la Commission de l’UA le mandat de surveiller les élections et d’évaluer leur liberté, équité et crédibilité. Pourtant, malgré les rapports d’observation et les condamnations publiques, les abus persistent. La « guerre juridique » contre l’opposition, les exclusions politiques et la restriction de l’espace civique restent des pratiques courantes dans de nombreux pays.
Freedom House a classé la majorité des États ayant organisé des élections en 2025 comme « non libres ». Les coupures d’Internet et la répression des opposants compliquent davantage le travail des observateurs, sans pour autant dissuader l’UA de poursuivre ses missions.
Des cas d’exception : Malawi et Seychelles, modèles de transition démocratique
Parmi les scrutins de 2025, le Malawi et les Seychelles se distinguent par leur crédibilité. Ces deux pays, après plus de trente ans de multipartisme, ont connu des alternances pacifiques du pouvoir, illustrant une maturité institutionnelle rare sur le continent. Leurs élections, marquées par une réelle compétition, montrent que la crédibilité électorale dépend avant tout des normes nationales et de l’indépendance des institutions.
Des élections de façade dans les régimes autoritaires
À l’inverse, des pays comme la Tanzanie, le Cameroun ou le Togo organisent des scrutins procéduraux, où l’opposition est muselée et la compétition électorale quasi inexistante. Au Togo, une réforme constitutionnelle a permis à Faure Gnassingbé de contourner les limites de mandat, perpétuant ainsi le règne de sa famille depuis près de soixante ans. Les rapports de l’UA soulignent les risques de violences postélectorales, mais ses recommandations restent vagues et non contraignantes.
En Tanzanie, malgré les lacunes flagrantes du scrutin, le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a salué la victoire du sortant avant même la publication du rapport des observateurs. Ce dernier, pourtant, a pointé du doigt l’inadéquation de l’élection avec les normes de l’UA, la rendant peu propice à une acceptation pacifique des résultats.
Les coups d’État et les élections : un cercle vicieux
Dans des pays comme le Gabon ou la Guinée, où des coups d’État ont eu lieu, les élections servent davantage à légitimer les nouveaux dirigeants qu’à rétablir la démocratie. L’article 25 de la Charte africaine interdit pourtant aux auteurs de changements anticonstitutionnels de se présenter aux scrutins censés rétablir l’ordre constitutionnel. Pourtant, au Burkina Faso, au Niger ou au Mali, les juntes militaires repoussent sans cesse les échéances électorales, transformant ces processus en instruments de consolidation du pouvoir.
Le rapport de novembre 2025 sur la réforme de la gouvernance de la paix et de la sécurité en Afrique, porté par le président kényan William Ruto, propose des sanctions plus strictes contre les putschistes. Cependant, leur application reste incertaine, car les États membres de l’UA peinent à s’accorder sur des mesures concrètes.
L’UA face à son propre paradoxe
Malgré une augmentation des missions préélectorales et des évaluations, l’UA reste un acteur passif. Les rapports post-électoraux, bien que plus nombreux, ignorent souvent les causes profondes de l’érosion démocratique, comme le renforcement de l’autoritarisme. En Ouganda, par exemple, malgré des arrestations d’opposants, des coupures d’Internet et des restrictions de la société civile, l’UA a salué la consolidation des « acquis démocratiques » après les élections de janvier 2026.
Avec près de 15 pays africains prévus pour des scrutins en 2026, dont beaucoup dans des régimes autoritaires, la question se pose : l’UA restera-t-elle un simple observateur, ou parviendra-t-elle à influencer positivement le processus électoral avant, pendant et après le vote ?
Un défi pour l’avenir de la démocratie africaine
Les élections de 2025 et 2026 soulignent l’urgence d’une réforme des mécanismes de l’UA. Si l’organisme continental continue de se contenter d’une approche procédurale, il risque de devenir un simple témoin des reculs démocratiques, sans jamais enrayer les dérives autoritaires. La survie de la démocratie en Afrique dépendra de sa capacité à transformer ses observations en actions concrètes et contraignantes.