Les États-Unis relancent leur partenariat avec le Sahel face à la menace djihadiste
Pourquoi Washington mise désormais sur les juntes du Sahel malgré leur rapprochement avec Moscou

Les États-Unis opèrent un virage stratégique majeur envers trois nations du Sahel, historiquement partenaires de la France, mais désormais alignées sur Moscou. Washington mise sur une coopération renforcée avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, malgré leurs prises de position anti-occidentales et leurs liens avec la Russie.
Une nouvelle diplomatie américaine axée sur la sécurité et les ressources
Le département d’État américain a officiellement annoncé l’envoi d’une délégation dirigée par Nick Checker, responsable des affaires africaines, à Bamako. L’objectif ? Afficher le « soutien des États-Unis à la souveraineté malienne » et esquisser une « nouvelle ère » de collaboration, en dépassant les « tensions diplomatiques passées ».
Cette initiative s’étend aux deux voisins du Mali : le Burkina Faso et le Niger. Washington souhaite développer des partenariats en matière de sécurité et d’économie, sans évoquer les questions de gouvernance ou de droits humains, pourtant centrales sous l’administration précédente.
Fin des priorités démocratiques sous l’ère Trump
Depuis 2020, des coups d’État ont renversé les gouvernements élus au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Si l’administration Biden avait gelé toute coopération militaire, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche marque un tournant radical. Le nouveau gouvernement américain assume désormais une position plus pragmatique : la lutte contre le terrorisme prime sur les impératifs démocratiques.
Cette évolution s’est concrétisée par la fermeture de l’USAID au Burkina Faso, quelques jours après l’investiture de Trump. Elle s’accompagne d’une focalisation accrue sur les ressources minières (or, uranium, lithium) et la sécurité régionale.
Le Burkina Faso et le Mali : deux régimes en quête de légitimité
Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabè, s’est érigé en figure de proue contre l’impérialisme et le néocolonialisme. Son discours, amplifié par une communication digitale agressive, lui a valu un soutien populaire massif, notamment chez les jeunes Africains. Massad Boulos, conseiller principal pour l’Afrique au département d’État, a résumé cette nouvelle doctrine : « La démocratie est un idéal, mais les États-Unis ne s’immisceront pas dans les choix politiques des nations souveraines. »
Cette posture contraste avec celle de Biden, qui conditionnait son aide à des réformes institutionnelles. Sous Trump, l’accent est mis sur la stabilité, même si elle passe par des régimes autoritaires.

La menace djihadiste, catalyseur de la nouvelle stratégie américaine
Les États-Unis justifient ce rapprochement par l’urgence sécuritaire. Le Sahel, cette bande semi-aride au sud du Sahara, est devenu l’épicentre mondial du terrorisme. Selon certaines estimations, la région concentre à elle seule la moitié des décès liés aux groupes armés islamistes dans le monde. Les craintes sont doubles :
- L’expansion des groupes comme l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), particulièrement actif dans la zone frontalière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
- La prise de contrôle de territoires par ces groupes, transformant la région en sanctuaire pour des attaques transnationales.
La récente attaque contre l’aéroport de Niamey, capitale du Niger, illustre la gravité de la situation. Par ailleurs, le terrorisme menace les approvisionnements en minerais stratégiques : l’or (exporté par les trois pays), l’uranium (dont le Niger est un producteur majeur) et le lithium (extrait au Mali pour les batteries et l’industrie pharmaceutique).
Washington veut contrer l’influence russe
La Russie, via le groupe Wagner, a renforcé sa présence au Mali, avec environ 1 000 mercenaires, et soutient les juntes du Burkina Faso et du Niger. Si Washington ne condamne pas explicitement ces alliances, elle cherche à limiter l’hégémonie de Moscou dans la région.
Les États-Unis privilégient désormais un soutien indirect :
- Partage de renseignements pour cibler les groupes terroristes.
- Fourniture potentielle d’armements et de formations militaires.
- Refus de réactiver la base de drones d’Agadez (expulsée en 2023 après un ultimatum de Biden).
Le général John Brennan, directeur adjoint de l’Africom, insiste sur une approche ciblée : « Pas de déploiement massif de troupes, mais un appui technique et logistique pour éviter une nouvelle escalade des conflits. »
Quel avenir pour la coopération régionale ?
La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) par le Mali, le Burkina Faso et le Niger marque leur rupture avec la CEDEAO. Cette alliance, centrée sur la résistance à l’ingérence étrangère, exclut toute supervision des normes démocratiques.
Pour autant, les pays voisins (comme le Bénin, la Côte d’Ivoire ou le Nigeria) restent exposés aux infiltrations djihadistes. Une coopération transfrontalière, même informelle, devient indispensable pour endiguer la propagation du terrorisme.
Les États-Unis misent sur cette dynamique pour renforcer leur influence, tout en évitant les erreurs du passé. Leur stratégie repose sur un équilibre fragile : soutenir des régimes contestés, sans s’engager dans des conflits prolongés.
Une chose est sûre : dans le Sahel, la sécurité ne peut plus attendre. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité de cette nouvelle approche américaine.