Le gouvernement tchadien a officiellement annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI), une décision motivée par des critiques sur l’efficacité et l’impartialité de l’institution. Dans un communiqué signé par le porte-parole du gouvernement, N’Djamena évoque un bilan « limité et à géométrie variable » depuis la création de la CPI en 2002.

« Seules neuf enquêtes sur treize concernent des États africains, sans avancées concrètes », a dénoncé le gouvernement, soulignant que la majorité des investigations se concentrent sur le continent africain. À ce jour, la CPI ne détient plus que sept personnes, dont six dans le cadre de situations africaines, selon les chiffres cités.

Une décision influencée par les États-Unis

Cette annonce survient après un échange tendu entre le Tchad et les États-Unis. Le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines avait interpellé son homologue tchadien, l’exhortant à reconsidérer son adhésion au Statut de Rome. Les autorités américaines avaient exprimé leurs réserves quant au fonctionnement de la CPI, poussant N’Djamena à réexaminer sa position.

Pourtant, le ministre tchadien des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, a tenu à préciser que cette décision ne résultait pas d’une demande américaine. « Ce n’est pas sous la pression des États-Unis que nous avons pris cette mesure », a-t-il affirmé.

Un retrait polémique dans un contexte tendu

Le Tchad agit alors qu’il est lui-même pointé du doigt. L’armée soudanaise et plusieurs organisations non gouvernementales l’accusent d’avoir facilité le transit d’armes en provenance des Émirats arabes unis vers les Forces de soutien rapide (FSR), impliquées dans un conflit meurtrier au Soudan depuis avril 2023.

Me Vincent Brengarth, avocat spécialisé dans les crimes internationaux, s’alarme : « Cette décision fragilise les démarches en cours, notamment la plainte déposée en 2025 par des ONG pour complicité présumée de crimes internationaux ». Les deux camps du conflit soudanais sont régulièrement accusés de crimes de guerre, comme des attaques ciblant des civils ou des bombardements aveugles.

« Au-delà du cas tchadien, ce retrait affaiblit le système judiciaire international et risque de laisser impunis les responsables des pires atrocités », a-t-il ajouté. Vendredi, le Venezuela avait également annoncé son départ de la CPI, invoquant un « biais géographique » défavorisant les pays du Sud global.