Le Maroc maintient ses revendications sur ceuta malgré la crise migratoire
Un ancien ambassadeur espagnol au Maroc met en lumière les tensions persistantes autour des revendications marocaines sur Ceuta, un territoire espagnol en Afrique du Nord. Selon Jorge Dezcallar, qui a également dirigé les services de renseignement espagnols, ces revendications jouent un rôle clé dans la crise migratoire qui a secoué Ceuta fin juillet.

Le Maroc n’a jamais abandonné ses prétentions sur Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées en terre africaine. Cet enjeu territorial, vieux de plusieurs siècles, resurgit régulièrement, notamment lors des tensions diplomatiques entre Rabat et Madrid. Pour Dezcallar, la stratégie marocaine semble s’appuyer sur un contexte politique espagnol jugé fragile pour faire pression.
Le gouvernement de Pedro Sánchez, déjà fragilisé par des scandales de corruption et des politiques migratoires contestées en Europe, fait face à une situation complexe. Les désaccords avec les partenaires européens, ainsi que les critiques envers les États-Unis, ont encore compliqué les relations avec le voisin marocain. « Les relations entre l’Espagne et le Maroc sont plus marquées par l’émotion que par la raison », confie l’ancien diplomate, soulignant les hauts et les bas constants de cette coopération.
Un différend territorial qui persiste
Les autorités marocaines, via leurs ministres et les médias proches de la monarchie, rappellent sans cesse leur souveraineté sur Ceuta et Melilla. Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice, a réaffirmé cette position : « Cette question reste d’actualité. Chaque rencontre avec les Espagnols, nous abordons ce sujet. » Il a ajouté que le Maroc restait déterminé à résoudre cette question « par la négociation et avec patience ».
En réponse, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a réaffirmé avec fermeté : « Ceuta et Melilla sont espagnoles, et elles le resteront. » Cette déclaration intervient après que le roi Felipe VI d’Espagne n’ait jamais visité ces territoires, et qu’un ministre des Affaires étrangères n’y ait effectué un déplacement officiel que récemment, une visite perçue comme un geste de bonne volonté envers le Maroc.
Pourtant, les deux pays s’accordent à dire que la récente crise migratoire n’est pas directement liée à ce différend. Selon Dezcallar, les autorités marocaines auraient montré une certaine « permissivité ou négligence » face à l’afflux de migrants. Une décision de la Cour suprême espagnole, interdisant les renvois immédiats par voie maritime, aurait été exploitée par les réseaux de trafic d’êtres humains, déclenchant ainsi la crise.
Une menace persistante et des tensions récurrentes
L’ancien ambassadeur avertit que l’Espagne ne dispose pas des moyens suffisants pour endiguer ces flux migratoires, rappelant que cette situation n’est pas inédite. En 2021, après l’hospitalisation en Espagne du leader sahraoui Brahim Ghali, le Maroc avait envoyé près de 10 000 migrants vers Ceuta, qualifiant cet acte de « chantage » par la ministre Robles.

Les services de renseignement ont récemment alerté d’une possible nouvelle vague migratoire vers Ceuta à la mi-août, alors que des appels à prendre d’assaut la ville se multipliaient sur les réseaux sociaux. Les syndicats de police et de la Garde civile ont confirmé cette menace. « Si quelqu’un croit que le Maroc abandonnera ses revendications sur Ceuta et Melilla, il se trompe », conclut Dezcallar.