Investiture de Romuald Wadagni au Bénin : un nouveau chapitre politique sous haute tension
politique béninoise — transition
Bénin : Romuald Wadagni, élu à 94 %, prend les rênes du pays dans un contexte politique verrouillé
Le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, a prêté serment ce dimanche 24 mai à Cotonou pour un mandat de sept ans. Ce scrutin, marqué par l’exclusion de l’opposition, pose la question de la continuité ou de la rupture avec l’ère Patrice Talon.

Avec 94 % des suffrages exprimés lors d’un scrutin où l’opposition a été systématiquement écartée, Romuald Wadagni incarne une forme de continuité politique. Son investiture, solennelle et minutieusement orchestrée à Cotonou, marque le début d’un septennat sous haute surveillance.
Âgé de 49 ans, ce technocrate chevronné, ancien ministre des Finances, succède à Patrice Talon après une décennie au pouvoir. Son parcours, jalonné de succès économiques, en fait l’héritier naturel du système en place.
Un héritage économique et institutionnel
Romuald Wadagni a bâti sa carrière au sein du gouvernement depuis 2016, où il a piloté la stratégie financière du Bénin. Sous sa direction, le pays a multiplié les levées de fonds internationaux tout en préservant sa note souveraine. Son élection, validée par la Cour constitutionnelle, s’inscrit dans un cadre institutionnel profondément modifié : le mandat présidentiel est désormais porté à sept ans.
Face à un adversaire unique, Paul Hounkpè, représentant des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), Wadagni a consolidé sa légitimité dès le premier tour. Sa colistière, Mariam Chabi Talata, occupe désormais le poste de vice-présidente, conformément aux réformes de 2019.
Une cérémonie sous haute sécurité et symboles politiques
La prestation de serment, déroulée en moins de trois heures au Palais des Congrès, a réuni plus de 6 000 invités. Parmi eux, d’anciens chefs d’État béninois comme Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi, salués par le nouveau président. Le protocole, d’une précision chirurgicale, a permis la remise des insignes présidentiels et des symboles de commandement.
Pourtant, cette solennité contraste avec l’absence remarquée de l’opposition. Le parti Les Démocrates, dirigé par l’ex-président Thomas Boni Yayi, a vu sa candidature invalidée pour défaut de parrainage. Une décision confirmée par la Cour constitutionnelle en octobre 2025, après le retrait d’un député ayant initialement soutenu la candidature.
Un paysage politique sous tension
Les règles électorales béninoises ont été durcies ces dernières années. Frais d’inscription élevés, certificat de conformité contrôlé par le pouvoir, et seuil minimal de 20 % par circonscription ont réduit l’espace politique à néant. Aux législatives de janvier 2026, Les Démocrates n’ont obtenu aucun siège, illustrant l’étouffement de la diversité politique.
Plusieurs figures de l’opposition, comme Reckya Madougou et Joël Aïvo, croupissent en prison sous des chefs d’accusation controversés. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), souvent pointée du doigt par les ONG, est au cœur de ces controverses.
Une diplomatie en quête de nouveaux équilibres
Le discours d’investiture de Wadagni a réservé une place de choix à la sécurité intérieure, promettant une réponse ferme aux groupes armés actifs dans le nord du pays. Mais c’est sur le plan régional que le ton a le plus surpris : la présence des représentants de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, a marqué un tournant.
Cette ouverture contraste avec les tensions passées entre Cotonou et Niamey, notamment après la fermeture répétée de leur frontière commune, empruntée par l’oléoduc transportant les hydrocarbures nigériens. Le geste de Wadagni pourrait annoncer une révision de la position béninoise envers les régimes militaires sahéliens.
Le nouveau président a également rappelé l’importance de la diaspora et des femmes dans son projet politique, soulignant le rôle clé de sa vice-présidente, Mariam Chabi Talata. Son discours, structuré autour d’une adresse répétée aux différents groupes sociaux, a cherché à toucher chaque segment de la société béninoise.
Les défis immédiats du nouveau mandat
Plusieurs dossiers attendent une réponse rapide de Romuald Wadagni. La composition de son gouvernement, attendue sous peu, révélera s’il compte s’appuyer uniquement sur l’héritage Talon ou s’il souhaite élargir son assise politique. Le sort des opposants emprisonnés, dont une amnistie est réclamée par Les Démocrates, sera un test de sa volonté de réconciliation.
Enfin, la concrétisation des ouvertures vers l’AES dépendra de gestes concrets : une visite officielle à Niamey, Bamako ou Ouagadougou pourrait sceller cette nouvelle dynamique diplomatique.
Le Bénin entre dans une phase de profonde transformation institutionnelle. Si la stabilité économique est saluée par les partenaires internationaux, la question du pluralisme politique reste entière. L’investiture de Wadagni pose ainsi une équation complexe : comment concilier croissance et démocratie dans un pays où l’opposition a été méthodiquement marginalisée ?