Gabon : le secteur minier au service du développement économique local

Gabon : le secteur minier au service du développement économique local

Gabon : le secteur minier au service du développement économique local

Mine de manganèse au Gabon

Libreville — Depuis des décennies, les économies africaines riches en ressources naturelles subissent le même schéma : l’extraction massive de minerais s’accompagne d’un exode de la valeur ajoutée, des emplois qualifiés et des opportunités industrielles vers l’étranger. Le Gabon a décidé d’inverser cette tendance en plaçant le contenu local au cœur de sa stratégie de transformation économique.

Sous l’égide de Zénaba Gninga Chaning, ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, une concertation nationale a réuni acteurs publics, entreprises privées, institutions financières et opérateurs miniers. L’objectif ? Structurer une politique ambitieuse pour ancrer la richesse minière dans l’économie gabonaise et en faire un levier de développement durable.

De l’extraction à la création de valeur locale

Pour la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) et le groupe Eramet, l’enjeu n’est plus seulement de respecter les obligations légales en matière de contenu local. Il s’agit d’opérer une mutation profonde : transformer la rente minière en compétences gabonaises, en entreprises compétitives et en emplois qualifiés, au bénéfice direct des populations.

Le Gabon ne souhaite plus se contenter d’être un pays exportateur de matières premières brutes. L’ambition est claire : faire en sorte qu’une part croissante de la richesse générée par l’exploitation minière reste sur place et profite aux entreprises et aux citoyens gabonais.

Un écosystème économique à construire

Le contenu local, désormais au cœur des débats économiques des pays producteurs de matières premières, repose sur un principe simple : chaque investissement minier doit catalyser le développement des entreprises nationales. L’enjeu va bien au-delà de l’attribution de marchés aux PME locales. Il s’agit de faire émerger des champions nationaux capables de rivaliser sur les marchés régionaux et internationaux.

Plusieurs obstacles freinent encore cette dynamique au Gabon. L’accès au financement, les lourdeurs administratives, le manque de visibilité sur les opportunités commerciales, les exigences de certification et le déficit de compétences spécialisées figurent parmi les principaux défis identifiés lors des travaux.

Les participants ont également insisté sur la nécessité d’améliorer l’environnement des affaires et de renforcer les synergies entre administrations, entreprises, banques, centres de formation et organisations patronales.

Une approche innovante et collaborative

La démarche adoptée par le Gabon se distingue par sa méthodologie. Inspirée des principes du Design Thinking, elle privilégie des solutions conçues à partir des réalités du terrain plutôt qu’une approche descendante. Les consultations ont impliqué tous les acteurs concernés — administrations, établissements bancaires, institutions de microfinance, organisations professionnelles et centres de formation — dans une logique de co-construction.

Cette approche reflète une évolution majeure des politiques industrielles. Le succès du contenu local ne repose pas uniquement sur des obligations contractuelles imposées aux grandes entreprises minières. Il exige l’émergence d’un écosystème économique intégré, capable de répondre aux normes internationales en matière de qualité, de sécurité, de compétitivité et de gouvernance.

La formation des ressources humaines s’impose comme un pilier central de cette stratégie. Transfert de compétences, certification professionnelle, mentorat et professionnalisation des PME forment les infrastructures invisibles de la souveraineté économique. Les participants ont unanimement souligné qu’aucune politique de contenu local ne peut réussir sans un investissement massif dans le capital humain.

Des résultats encourageants mais un potentiel à exploiter

Les chiffres communiqués par la Comilog témoignent d’une progression notable. L’entreprise compte désormais 780 fournisseurs et prestataires locaux, dont près de 75 % sont des entreprises gabonaises. Plus de 37 % des achats de la société sont réalisés auprès d’acteurs nationaux, injectant près de 56,8 milliards de francs CFA dans l’économie locale. La sous-traitance génère également plus de 3 000 emplois directs auprès des partenaires gabonais.

Ces résultats, bien que prometteurs, restent en deçà des ambitions du secteur. L’objectif est désormais de passer à une nouvelle échelle : augmenter la part de richesse créée et retained localement, renforcer les PME, créer des milliers d’emplois qualifiés supplémentaires et consolider les partenariats public-privé.

Le contenu local n’est plus perçu comme une simple politique industrielle sectorielle. Il s’impose progressivement comme un projet national de transformation économique.

Dans un contexte où les matières premières critiques deviennent un enjeu géopolitique majeur, les pays qui réussiront ne seront pas ceux qui extraient le plus de ressources, mais ceux qui sauront les transformer en entreprises, savoir-faire, technologies et prospérité durable. Le Gabon semble avoir choisi cette voie.

ouagadirect