Libreville — Dans un entretien marquant depuis la Cité de la Démocratie, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a exposé sa feuille de route pour le Gabon. Face aux défis économiques et sociaux, il défend une souveraineté renforcée et une transformation structurelle du pays, tout en écartant toute logique dynastique.
Un an après son élection triomphale avec plus de 94 % des suffrages, le chef de l’État gabonais a choisi un média international pour détailler sa stratégie. Depuis la salle des Congrès de Libreville, il a abordé sans détour les enjeux majeurs de son mandat, entre réformes progressives, souveraineté économique et diplomatie équilibrée.
Des réformes pour un développement durable
Critiqué pour la lenteur de certaines réalisations, notamment dans les secteurs de l’eau et de l’électricité, Oligui Nguema a rappelé que son projet s’inscrit dans une vision de long terme. Avec plus de 800 milliards de francs CFA investis dans les infrastructures énergétiques, il justifie cette approche par la nécessité de bâtir des fondations solides.
« La transformation du Gabon ne peut se mesurer en mois ou en années, mais en décennies », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de réformes profondes plutôt que de résultats immédiats. Cette patience stratégique pourrait bien définir les contours de son héritage politique.
L’économie au cœur de la souveraineté
C’est sur le front économique que les annonces les plus fortes ont été formulées. Concernant les négociations avec le Fonds monétaire international, le président a confirmé son intention de conclure un accord, mais seulement après un audit complet des finances publiques. Une démarche qui reflète une volonté de reprendre le contrôle des engagements financiers nationaux.
Autre décision majeure : l’interdiction à partir de 2029 de l’exportation du manganèse brut. Une mesure destinée à forcer les acteurs industriels, comme le groupe français Eramet, à développer des capacités de transformation locales. L’objectif ? Sortir d’un modèle économique basé sur l’exportation de matières premières brutes et créer davantage de valeur ajoutée sur place.
Une diplomatie sans rupture avec l’équilibre
Sur la scène internationale, Oligui Nguema a tenu à préciser que l’affirmation de la souveraineté gabonaise ne rime pas avec l’isolement. La visite d’État en France prévue en juillet prochain et la rétrocession du Camp de Gaulle aux autorités gabonaises illustrent cette volonté de partenariats équilibrés, loin des tensions observées ailleurs en Afrique.
Face à la proposition américaine concernant l’accueil de migrants expulsés, le président a clairement indiqué que cette option ne correspondait pas aux intérêts du Gabon, confirmant ainsi une ligne diplomatique pragmatique.
L’héritage du pouvoir et l’alternance
L’entretien a également permis d’éclairer la position du président sur le passé du régime précédent. Sans entrer dans des polémiques, il a évoqué l’état de santé d’Ali Bongo Ondimba et suggéré que les responsabilités des dérives antérieures devaient être recherchées ailleurs.
Mais c’est surtout sur l’avenir institutionnel que ses propos ont marqué les esprits. En réaffirmant que « aucune dynastie politique ne verra le jour », il a envoyé un signal fort contre les successions familiales, un phénomène récurrent dans la région. Son engagement en faveur d’un septennat renouvelable une seule fois s’inscrit dans cette logique d’alternance démocratique, un pilier de sa vision politique.
Un pari sur l’avenir
Cette prise de parole a révélé une doctrine claire : souveraineté économique, transformation locale, partenariats équilibrés et réformes progressives. Autant de piliers censés redéfinir le Gabon de demain.
Pourtant, le vrai défi reste la mise en œuvre. Malgré un capital politique encore solide, les attentes de la population sont immenses. Les Gabonais attendent des actes concrets, loin des déclarations d’intention. Un an après son accession au pouvoir, Oligui Nguema mise sur une promesse simple : celle d’un État qui reprend les rênes de son destin économique et politique. À lui désormais de transformer cette ambition en réalité tangible.
