Gabon : Dieudonné Minlama alerte sur la dérive du mandat d’Oligui Nguema
Après des mois de silence, Dieudonné Minlama Mintogo brise l’omerta politique pour livrer une analyse qui promet d’alimenter les débats au sein de la classe dirigeante gabonaise. Dans un entretien exclusif, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2016 adresse un avertissement sans équivoque aux nouvelles autorités du pays : la plus grande menace qui pèse sur la Ve République gabonaise ne réside ni dans l’économie ni dans les institutions, mais dans une dérive politique.
Pour Dieudonné Minlama, le président Brice Clotaire Oligui Nguema incarne une légitimité exceptionnelle, fruit d’un scrutin présidentiel historique où il a recueilli plus de 94 % des suffrages. Une victoire qui, selon l’ancien opposant, dépasse largement le cadre d’un simple succès partisan pour s’inscrire dans une dynamique nationale sans précédent.
Un mandat bien au-delà des clivages politiques
L’ancien candidat de 2016 insiste sur un point crucial : le vote massif en faveur du chef de l’État ne saurait être réduit à un triomphe électoral classique. Pour lui, ce score reflète avant tout un espoir collectif né des événements du 30 août 2023 et consolidé par le retour à l’ordre constitutionnel. « Le piège à éviter serait de transformer un mandat populaire en outil partisan », déclare-t-il avec fermeté.
Cette mise en garde vise un risque bien réel : celui d’une fermeture progressive de l’espace politique, au détriment des nombreux acteurs – citoyens, responsables politiques, membres de la société civile – qui ont contribué à la Transition ou soutenu le processus de refondation nationale.
L’unité nationale, socle fragile de la Ve République
Dieudonné Minlama rappelle que la force du projet porté par Brice Clotaire Oligui Nguema résidait précisément dans sa capacité à fédérer au-delà des clivages traditionnels. Selon lui, la Transition a bénéficié du soutien de sensibilités politiques variées, unis par un objectif commun : tourner définitivement la page des divisions du passé.
Pour l’ancien opposant, toute logique d’exclusion ou de marginalisation pourrait fragiliser cet élan de rassemblement qui a marqué la naissance de la Ve République. Le défi des prochaines années sera donc de maintenir cet esprit d’unité nationale en construisant une gouvernance inclusive, capable d’intégrer les différentes compétences du pays au-delà des appartenances partisanes.
Le 30 août, un héritage à préserver
Au cœur du message de Dieudonné Minlama se trouve un appel solennel à la vigilance. Le mandat exceptionnel obtenu par le président Oligui Nguema n’est pas un simple capital politique à exploiter, mais une responsabilité historique à assumer.
Pour lui, le succès ou l’échec de la Ve République gabonaise dépendra largement de la capacité des autorités à préserver cette dynamique inclusive. Un avertissement qui résonne comme un rappel : les 94 % obtenus dans les urnes ne doivent pas devenir un prétexte à l’exclusion, mais un engagement en faveur de tous les Gabonais.