Fonction publique : le Cameroun rouvre 2 090 postes pour 2026
Le Cameroun relance le recrutement dans la fonction publique. Dans une note officielle datée du 5 juin 2026, le ministre Joseph Lé annonce 2 090 postes à pourvoir dans divers corps de l’administration. Ce volume, bien plus faible que ceux d’avant 2021, marque tout de même une pause après quatre années de restrictions strictes visant à maîtriser la masse salariale.
Santé et éducation au cœur du recrutement 2026
La majorité des nouvelles places provient de deux secteurs prioritaires. La santé publique obtient 200 postes réservés aux médecins spécialistes, face à la pénurie de personnel qualifié dans les hôpitaux. L’éducation, quant à elle, se voit attribuer 1 000 postes pour des enseignants recrutés comme auditeurs libres, un statut permettant à des diplômés d’intégrer la formation en cours.
La répartition linguistique reflète l’équilibre entre les deux systèmes issus du bilinguisme constitutionnel. Pour l’enseignement général, 322 postes sont alloués au sous-système francophone et 285 au sous-système anglophone. Dans l’enseignement technique, 193 places reviennent au francophone et 200 à l’anglophone. En dehors de la santé et de l’éducation, les effectifs restent très limités, confirmant que la rigueur budgétaire s’applique toujours aux autres ministères.
Il faut remonter à 2023 pour trouver un volume supérieur à 2 000 postes : cette année-là, le gouvernement avait autorisé 2 235 recrutements. Joseph Lé avait alors expliqué cette hausse par les besoins exprimés par les administrations dans le cadre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Une décennie de restrictions budgétaires
Le contraste avec la décennie passée est frappant. En 2018, l’État avait ouvert 5 179 places, 5 411 en 2019 et 3 700 en 2020. Le tournant a eu lieu en 2021 avec seulement 1 536 postes, puis une chute sous la barre des 1 000 en 2022. En 2024, à peine 1 200 postes ont été ouverts, illustrant un choix durable de maîtrise des effectifs.
Cette contraction budgétaire répond à une nécessité macroéconomique. Le ministère des Finances indique que la masse salariale de l’État est passée de 706,1 milliards de FCFA en 2012 à 1 080,1 milliards en 2021, soit une hausse de plus de 50 % en moins de dix ans. Cette progression grève une part croissante des recettes fiscales et réduit les capacités d’investissement public.
Les responsables expliquent cette dérive par plusieurs catégories d’agents, notamment les enseignants du secondaire et les militaires, qui ont été recrutés en grand nombre par le passé. Le retour de l’enseignement secondaire dans les concours de 2026, après deux à trois ans d’absence, pourrait accentuer la pression sur les dépenses de personnel.
Le plafond de la Cemac reste dépassé
La rigueur budgétaire n’est pas uniquement un choix national. Le Cameroun doit respecter les critères de surveillance multilatérale de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), qui limite à 35 % le ratio des dépenses de personnel par rapport aux recettes fiscales. Ce seuil est régulièrement dépassé par Yaoundé.
Le constat est partagé par tous. Dans son dernier rapport, la Cemac indique qu’aucun de ses six membres n’a respecté en 2024 les normes sur le taux de pression fiscale et la masse salariale. Pour le Cameroun, première économie de la zone, le ratio est resté au-dessus du plafond, confirmant une contrainte budgétaire structurelle.
Le choix pour 2026 traduit cette équation délicate : répondre aux besoins urgents des services publics de santé et d’éducation sans déclencher une nouvelle hausse des salaires, surveillée de près par les bailleurs multilatéraux alors que le pays est engagé dans un programme avec le Fonds monétaire international. Pour les candidats, cette session de concours constitue une rare chance après cinq ans de restrictions. Pour le gouvernement, c’est un test de sa capacité à équilibrer exigences sociales et rigueur financière. L’annonce officielle a été publiée le 5 juin 2026.