En tant que président en exercice de l’Union africaine et témoin privilégié de la signature de l’Accord de Washington entre la RDC et le Rwanda, sous l’égide de Donald Trump en 2023, le Burundi exprime aujourd’hui sa profonde déception face à l’échec de cet accord. Malgré les espoirs placés dans cette initiative diplomatique, les combats persistent dans l’est de la République démocratique du Congo, alimentés par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par Kigali selon Kinshasa.

Lors d’une rencontre officielle à Bujumbura le 1er juin 2026 avec son homologue congolais Floribert Anzuluni, ministre de l’Intégration régionale, Édouard Bizimana, ministre burundais des Affaires étrangères, a partagé son inquiétude quant au non-respect systématique de l’Accord de Washington. « Les zones autrefois sécurisées restent instables, forçant de nombreuses populations à fuir vers les pays voisins », a-t-il déclaré.

« Malgré des retours de réfugiés, la récurrence des violences dans l’est de la RDC montre que la communauté internationale doit intensifier ses efforts. Les accords signés à Washington n’ont pas été pleinement appliqués, et la situation humanitaire se dégrade » explique-t-il. L’ambassadeur burundais a insisté sur la nécessité d’une coordination renforcée entre les acteurs régionaux et internationaux pour stabiliser durablement la région.

Les deux ministres ont également évoqué la solidité des relations bilatérales entre le Burundi et la RDC, au-delà de la crise sécuritaire. Parmi les sujets abordés : la finalisation du terrain destiné à la future ambassade du Burundi à Kinshasa, la gestion administrative de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), et la préparation du prochain sommet des chefs d’État de cette organisation dont la RDC assure actuellement la présidence.

Floribert Anzuluni a salué l’engagement humanitaire du Burundi, notamment son soutien aux réfugiés congolais accueillis sur son territoire. Concernant la CIRGL, il a précisé qu’une réunion de la Troïka est en préparation pour évaluer la situation sécuritaire et examiner les contributions financières des États membres.

Édouard Bizimana a réaffirmé que le Burundi, sous la présidence d’Évariste Ndayishimiye, reste déterminé à contribuer à la pacification du continent africain. « La lutte contre l’insécurité est une priorité absolue, conformément aux engagements pris lors de la passation de présidence de l’Union africaine », a-t-il souligné.

Les deux pays, unis par un accord bilatéral de défense signé en mars 2023, collaborent étroitement pour sécuriser leur frontière commune. Depuis le début de l’année, Bujumbura a déployé des milliers de soldats aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) pour contrer les menaces des groupes armés, dont les ADF et l’AFC/M23. Cette coopération militaire s’inscrit dans une stratégie régionale plus large.

Malgré les rounds de négociation tenus à Doha et à Montreux en avril 2026, en présence des États-Unis, du Qatar et du Togo, les violations du cessez-le-feu se multiplient. Chaque partie interprète les termes de l’Accord de Washington à sa manière, bloquant toute avancée concrète sur le terrain. Les médiateurs internationaux, dont les États-Unis et le Qatar, peinent à imposer une application stricte des engagements pris.

Cette impasse diplomatique aggrave la crise humanitaire dans l’est de la RDC, où des milliers de civils subissent les conséquences d’un conflit sans issue visible. Les populations locales, déjà éprouvées par des décennies d’instabilité, appellent à une action urgente de la communauté internationale pour mettre fin à cette spirale de violences.