Échec cuisant des mercenaires russes au Mali : pourquoi leur stratégie a échoué

Échec cuisant des mercenaires russes au Mali : pourquoi leur stratégie a échoué

Pourquoi la présence des mercenaires russes au Mali s’est soldée par un échec retentissant

Lorsque le groupe Wagner, connu pour ses méthodes controversées, a annoncé son départ du Mali en début d’année, il a tenté de justifier sa décision en affirmant que sa « mission était accomplie ». Pourtant, après trois ans et demi d’opérations de contre-terrorisme, le bilan est catastrophique : le pays reste plongé dans une insécurité chronique et figure désormais parmi les foyers terroristes les plus actifs au monde.

Des stratégies contre-terroristes inefficaces et des violations des droits humains

Selon un rapport publié par The Sentry, le groupe Wagner a accumulé les échecs malgré ses prétentions à la supériorité militaire. Le Kremlin a depuis remplacé cette milice par l’Africa Corps, une force paramilitaire placée sous l’autorité du ministère de la Défense russe. Plus de 80 % des effectifs de cette nouvelle entité seraient d’anciens membres de Wagner, comme l’indique un rapport du Timbuktu Institute publié en juillet.

L’Africa Corps hérite des pratiques controversées de son prédécesseur, notamment des assassinats extrajudiciaires, des actes de torture et des violences sexuelles. Ces exactions, souvent commises en toute impunité, alimentent le ressentiment des populations locales et favorisent le recrutement par les groupes djihadistes, exploitant les griefs de la population.

Des relations tendues avec l’armée malienne

Des entretiens menés par The Sentry avec des militaires maliens, des agents de renseignement et des responsables des ministères des Finances et des Mines révèlent une animosité croissante envers les mercenaires russes. Les soldats maliens leur reprochent de ne pas respecter la chaîne de commandement, de saper la sécurité du pays et de porter la responsabilité des lourdes pertes en vies humaines et en matériel.

Les tactiques brutales de Wagner et leur approche désorganisée du contre-terrorisme ont également échoué à gagner la confiance des Maliens. Depuis leur arrivée, les attaques contre les civils ont augmenté, souvent perpétrées par les forces de sécurité maliennes et leurs milices alliées. Les méthodes du groupe incluent des frappes indiscriminées, comme en témoigne le massacre de Moura en 2022, où plus de 500 civils ont été tués, dont au moins 300 hommes exécutés sommairement.

Des crimes de guerre documentés et des enquêtes bloquées

En 2023, des experts des Nations unies ont réclamé une enquête indépendante sur les violations flagrantes des droits de l’homme et les crimes de guerre potentiels commis au Mali par les forces gouvernementales et le groupe Wagner. Depuis 2021, des rapports alarmants signalent des exécutions sommaires, des charniers, des tortures, des viols et des violences sexuelles. Pourtant, aucune enquête n’a abouti à ce jour.

Certains militaires des Forces armées maliennes (FAMa) accusent directement l’influence des mercenaires russes dans l’armée pour expliquer l’ampleur du massacre de Moura. Un officier a déclaré : « Sans Wagner, il n’y aurait pas eu de Moura. Pas à une telle échelle, pas avec une telle durée, pas autant de morts. »

Une brutalité qui alimente le recrutement terroriste

Les méthodes répressives des Russes ont provoqué une hausse du recrutement parmi les groupes armés, notamment chez les séparatistes touaregs et les terroristes liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique. Amadou Koufa, chef de la katiba Macina, a expliqué en 2024 que la violence des mercenaires pousse les locaux à rejoindre la lutte pour « défendre leur religion, leur terre et leurs biens ».

Les attaques aveugles de Wagner contre des cérémonies (mariages, enterrements) et les vidéos de mauvais traitements envers les civils touaregs, largement diffusées en ligne, attisent encore davantage la colère et renforcent la propagande djihadiste.

Des échecs militaires et une relation toxique avec Bamako

En juillet 2024, Wagner a subi un revers cuisant près du village de Tin Zaouatine, dans le nord-est du Mali. Plusieurs groupes terroristes ont attaqué un important convoi, faisant 84 morts parmi les mercenaires et 47 parmi les soldats des FAMa.

La relation entre les deux parties s’est dégradée en une méfiance mutuelle. Les survivants russes accusent les services de renseignement maliens d’avoir sous-estimé les forces ennemies et de les avoir abandonnés. En retour, les officiers maliens reprochent aux Russes de bafouer les ordres, de s’approprier des véhicules et de les traiter avec mépris, voire de manière raciste.

Un officier malien de haut rang a résumé la situation en ces termes : « Nous sommes tombés de Charybde en Scylla. »

La colère a atteint son paroxysme en septembre 2024, lorsque des militants ont attaqué l’aéroport de Bamako, faisant plus de 100 morts. Les unités de Wagner, stationnées à proximité, auraient attendu cinq heures avant d’intervenir. Un garde de l’aéroport a déclaré : « Si vous ne les payez pas, ils ne bougent pas. »

L’échec global de Wagner : un avertissement pour l’Africa Corps

Charles Cater, directeur des enquêtes de The Sentry, a qualifié l’intervention de Wagner au Mali d’échec complet. Selon lui, les opérations militaires brutales et mal coordonnées ont renforcé les alliances entre groupes armés, causé des pertes colossales pour Wagner et accru le nombre de victimes civiles. « En définitive, le déploiement de Wagner n’a servi ni le peuple malien, ni le gouvernement militaire, ni même le groupe mercenaire lui-même. »

Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, met en garde : « À mesure que Moscou étend son influence en Afrique via l’Africa Corps, il est essentiel de comprendre que Wagner n’était ni une force invincible ni un acteur économique fiable. Son échec au Mali doit servir de leçon aux pays africains envisageant de recourir à cette milice. »

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