Diplomatie marocaine en Afrique : le Maroc tente de renforcer son influence face à la France

Diplomatie marocaine en Afrique : le Maroc tente de renforcer son influence face à la France

Relations France-Maroc : Rabat cherche à jouer un rôle clé en Afrique

Mehdi Alioua, sociologue marocain spécialiste des migrations.

Le Premier ministre français est en visite officielle au Maroc depuis le 15 juillet, à la tête d’une délégation ministérielle de grande envergure. Plusieurs accords bilatéraux sont sur le point d’être signés, mais cette rencontre intervient aussi dans un contexte de tensions accrues autour des droits humains, après l’arrestation récente d’un journaliste et d’un artiste marocains. Mehdi Alioua, sociologue à l’université internationale de Rabat et titulaire de la chaire Migrations, mobilités et cosmopolitisme, décrypte pour nous les dynamiques entre Paris et Rabat, ainsi que leur impact sur l’ensemble du continent africain.

Un partenariat France-Maroc qui se complexifie en Afrique subsaharienne

La France perd-elle progressivement son influence au Sahel au profit du Maroc ?

La situation est plus nuancée qu’il n’y paraît. D’un côté, une partie des investissements marocains en Afrique se réalisent en collaboration avec des entreprises françaises, voire avec l’aval de la diplomatie parisienne. Il existe donc une synergie entre les deux pays. Cependant, le Maroc a aussi développé des initiatives purement marocaines, avec une stratégie africaine ambitieuse, portée par la volonté personnelle du souverain marocain. Cette politique vise à positionner le Maroc comme un acteur incontournable sur le continent.

Dans le Sahel, où les relations entre la France et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) se sont fortement dégradées, le Maroc pourrait-il contribuer à apaiser les tensions ?

Oui, Rabat s’efforce activement de jouer un rôle dans ce sens. Il est important de souligner que les peuples africains ne rejettent pas systématiquement la France. Les tensions actuelles relèvent davantage de décisions politiques prises par de nouveaux régimes, souvent populistes, qui cultivent un discours anti-français pour consolider leur pouvoir. La diplomatie marocaine, elle, ne fonctionne pas sur ce registre. Son approche repose sur des liens historiques et culturels profonds avec les pays du Sahel, bien antérieurs à l’islam et qui se sont renforcés avec l’avènement de l’islam.

L’histoire nous rappelle que le mot « marabout », issu de l’arabe al-mourabitoune, désigne les guerriers sahariens ayant fondé une dynastie qui a régné depuis Aghmat, près de Marrakech, sur un empire s’étendant de l’Espagne à la Guinée actuelle, englobant notamment le Mali. Ces relations millénaires expliquent pourquoi le Maroc peut aujourd’hui réactiver des alliances stratégiques dans la région.

Droits humains au Maroc : des reculs préoccupants malgré les progrès

Les récents emprisonnements de figures critiques, comme le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet et le rappeur Mehdi Black Wind, doivent-ils alerter ?

Toute arrestation de journalistes ou d’artistes doit nous interpeller. Même si les autorités marocaines évoquent l’indépendance de la justice, ces affaires soulèvent des questions légitimes. Ali Lmrabet a été libéré, mais reste sous contrôle judiciaire. Quant à Mehdi Black Wind, son dossier est moins clair, mais la mobilisation des avocats et des défenseurs des droits humains montre que la société civile marocaine ne reste pas passive. Le Maroc a accompli des progrès significatifs en matière de droits humains ces dernières années, mais certains réflexes autoritaires persistent.

Le Maroc peut-il rivaliser avec l’attractivité de la France en Afrique ?

Le Royaume chérifien parvient-il à séduire autant que Paris auprès des Africains ?

Non, pas encore. Cependant, le Maroc attire de plus en plus l’attention. Les autorités marocaines investissent massivement dans des projets comme l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), mais ces initiatives suscitent des critiques internes. Une partie de la jeunesse marocaine s’interroge sur l’utilisation des fonds publics, alors que des problèmes structurels comme la pauvreté persistent. À l’extérieur, un simple incident, comme la finale controversée entre le Maroc et le Sénégal, peut rapidement ternir l’image du pays. Certains discours, comme celui qui vante des infrastructures dignes de l’Europe, peuvent aussi irriter une partie de l’opinion africaine. Le Maroc doit faire preuve d’humilité pour éviter de s’aliéner une partie de son public cible.

En résumé, le Maroc séduit, mais il effraie aussi. Son attractivité ne peut rivaliser avec celle de la France, tant que son économie reste classée parmi les pays à revenu intermédiaire faible. Un développement économique plus poussé permettrait au Maroc de gagner en influence et en crédibilité auprès des Africains.

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