Déclaration de patrimoine au Sénégal : le président opte pour le référendum
Transparence renforcée : les dirigeants sénégalais désormais tenus à la déclaration de patrimoine
Une étape décisive vient d’être franchie dans le paysage politique sénégalais avec l’adoption, ce lundi 17 août 2026, d’un texte historique par les députés. 133 voix sur 165 ont validé la réforme constitutionnelle exigeant que les plus hautes autorités de l’État — le président, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale — déclarent leur patrimoine au début et à la fin de leur mandat, sous contrôle du Conseil constitutionnel. Une obligation désormais inscrite dans la Loi fondamentale depuis 2001, mais jamais appliquée avec une telle rigueur.
Cette mesure, saluée par le Pastef, parti au pouvoir dirigé par Ousmane Sonko, vise à renforcer la légitimité démocratique et à lutter contre les dérives financières. «Permettre aux citoyens d’accéder aux déclarations de patrimoine de leurs dirigeants est un moyen efficace de prévenir l’enrichissement illicite et le détournement des fonds publics. C’est une avancée majeure vers une gouvernance plus transparente et responsable», déclare Ansoumana Sambou, membre du Secrétariat national à la communication du Pastef.
Un référendum pour valider la réforme constitutionnelle
Pourtant, malgré son adoption, le texte ne sera pas directement applicable. Le président de la République a en effet décidé de le soumettre à référendum, conformément à l’article 103 de la Constitution. Une décision justifiée par le ministre de la Justice, Moussa Sarr, qui évoque la nécessité d’intégrer cette réforme dans une révision constitutionnelle plus large. «Cette démarche permettra d’inscrire cette mesure dans un cadre plus global, garantissant ainsi sa pérennité et son acceptation par l’ensemble des acteurs politiques», explique-t-il.
Une position qui interroge plusieurs observateurs. Moussa Diaw, analyste politique, s’interroge sur la pertinence de ce choix : «Pourquoi soumettre à référendum une loi déjà adoptée et soutenue en principe ? Cela ne risque-t-il pas d’engager des dépenses supplémentaires dans un contexte économique déjà fragilisé ?»
Pour le Pastef, cette initiative est au contraire plébiscitée par la population. «Les Sénégalais ne voient aucun inconvénient à déclarer leur patrimoine, que ce soit à l’entrée ou à la sortie d’un mandat. Au contraire, cela rassure et renforce la confiance dans les institutions», affirme Ansoumana Sambou.
Une bataille politique qui s’intensifie
La déclaration de patrimoine n’est plus seulement une question de transparence : elle devient un enjeu de pouvoir entre le Pastef d’Ousmane Sonko et la mouvance présidentielle de Bassirou Diomaye Faye. Les tensions pourraient s’exacerber dès mercredi 19 août, lors de l’examen des crédits spéciaux, ces fonds gérés de manière opaque par la présidence et la primature. Les débats s’annoncent vifs et passionnés.
Alors que le référendum approche, la question reste entière : cette réforme suffira-t-elle à restaurer la confiance dans les institutions sénégalaises, ou sera-t-elle le théâtre d’affrontements politiques encore plus marqués ?