Crise politique au Sénégal : le couple faye-sonko en pleine rupture

Crise politique au Sénégal : le couple faye-sonko en pleine rupture
  • Caroline Roussy

    Caroline Roussy

    Directrice de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Afrique/s

Le 22 mai dernier, Ousmane Sonko a été destitué de son poste de Premier ministre, une décision susceptible d’engendrer une crise institutionnelle majeure. Ce dernier évoquait, depuis des mois, une « cohabitation apaisée » – une formule pour le moins paradoxale au regard des tensions qui traversent la relation entre lui et Bassirou Diomaye Faye, malgré leur origine commune et leur alliance politique scellée en 2024.

Une alliance politique forgée dans l’adversité

Leur parcours, marqué par une amitié indéfectible et une lutte commune, semblait devoir les lier pour toujours. Étudiants, puis élèves à l’ENA, ils ont embrassé la même carrière d’inspecteur des impôts avant de cofonder, en 2014, le PASTEF. En 2022, Faye en devient le secrétaire général tandis que Sonko se lance dans la course présidentielle. Leur victoire en mars 2024, après une campagne éclair sous le slogan « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye », a marqué un tournant historique pour le Sénégal.

Pourtant, derrière cette union affichée, les rôles n’étaient pas aussi équilibrés qu’il y paraissait. Sonko, déjà figure politique majeure depuis 2019, incarnait une popularité que Faye, encore peu connu du grand public, ne pouvait égaler. Sans le soutien massif de Sonko, la victoire de Faye n’aurait sans doute jamais été possible.

Les tandems politiques sénégalais : une tradition de ruptures

L’histoire politique du Sénégal regorge d’exemples où des alliances, pourtant solides en apparence, ont fini par voler en éclats sous la pression du pouvoir. Le duo Senghor-Dia, Senghor-Niasse ou encore Wade-Seck en sont des illustrations frappantes. Ces ruptures, souvent liées à des divergences stratégiques ou à des rivalités personnelles, rappellent que les tandems politiques sénégalais peinent à résister à l’épreuve du temps.

Dans le cas de Faye et Sonko, leur situation initiale était unique : la légitimité électorale ne correspondait pas au capital politique réel. Sonko, bien que Premier ministre, détenait une influence bien supérieure à celle de Faye, ce qui a progressivement alimenté des tensions.

Les causes profondes de la discorde

Plusieurs facteurs expliquent l’éloignement progressif des deux hommes. La gestion des réformes, le rythme des changements attendus par les militants, ou encore les désaccords sur la dette et les relations avec le FMI ont cristallisé leurs divergences. Sonko, impatient de voir se concrétiser les promesses de campagne, a multiplié les prises de position publiques, tandis que Faye semblait privilégier une approche plus mesurée.

L’organisation du « Tera Meeting » en novembre 2025, une mobilisation massive orchestrée par Sonko, a marqué un tournant. Ce rassemblement, perçu comme une démonstration de force, a été interprété comme un défi lancé à l’autorité de Faye. Ce dernier a alors cherché à consolider son camp en s’appuyant sur des figures comme Aminata Touré, ancienne Première ministre de Macky Sall, une décision qui a été mal accueillie par une partie des militants du PASTEF.

Les rancœurs accumulées au fil des mois ont fini par éclater au grand jour, révélant une rivalité impossible à ignorer. Sonko, qui se targuait de sa supériorité politique, a vu Faye tenter de s’affranchir de son emprise, une dynamique devenue insoutenable.

Quelles conséquences pour le Sénégal ?

Le limogeage de Sonko marque un tournant dans la jeune présidence de Faye. Sans le soutien de son ancien allié, le président doit désormais composer avec un Parlement majoritairement contrôlé par Sonko et son parti. Cette situation inédite pourrait plonger le pays dans une crise institutionnelle majeure, où l’exécutif et le législatif s’opposent frontalement.

Les deux hommes, autrefois unis par leur combat contre l’ancien régime, se retrouvent désormais en opposition frontale. Faye tente de s’imposer comme un leader indépendant, tandis que Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, pourrait chercher à le fragiliser. Mais au-delà de leur duel, c’est la population sénégalaise qui risque de payer le prix fort : les réformes promises tardent, l’économie reste fragile, et la jeunesse, toujours en quête d’emplois et de perspectives, attend des solutions concrètes.

Deux ans après l’alternance, les attentes sont immenses, les frustrations aussi. Dans ce contexte, la crise politique actuelle risque d’aggraver les difficultés du pays, déjà confronté à des défis sociaux et économiques majeurs.

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