Crise politique au Bénin : retour sur la tentative de putsch contre Patrice Talon
L’Afrique de l’Ouest traverse une période de fortes turbulences politiques. Depuis quelques années, les coups d’État se multiplient, touchant successivement le Sahel, la Guinée et, plus récemment, la Guinée-Bissau. Dans des pays comme le Burkina Faso, le Niger et le Mali, les autorités militaires en place affichent désormais une volonté de rupture nette avec la France, l’ancien colonisateur.
Dans ce contexte tendu, l’Élysée a fait savoir qu’Emmanuel Macron a entrepris une démarche de coordination étroite et de partage de renseignements avec les dirigeants de la zone. Le chef de l’État français s’est entretenu avec Patrice Talon, la cible du récent soulèvement, ainsi qu’avec ses homologues du Nigéria et de la Sierra Leone, ce dernier occupant actuellement la tête de la CEDEAO. Paris a réaffirmé son appui diplomatique total aux initiatives de l’organisation régionale pour stabiliser la situation.

Une intervention militaire décisive
Tout a commencé dimanche matin lorsqu’un groupe de huit militaires a pris la parole à la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Patrice Talon. Après plusieurs heures de flottement à Cotonou, le pouvoir a affirmé avoir repris les rênes. Les affrontements entre les mutins et les unités fidèles au gouvernement ont toutefois causé plusieurs pertes humaines.
Pour mater l’insurrection, le Bénin a pu compter sur le soutien du Nigéria. Des raids aériens ont visé la base de Togbin, située dans le poumon économique du pays, où les putschistes s’étaient retranchés. Des forces terrestres envoyées par Abuja ont également participé à la reprise du site durant la nuit suivante.
La mobilisation de la CEDEAO
Face à cette menace, la CEDEAO a réagi en ordonnant le déploiement de troupes issues de quatre nations voisines afin de garantir le respect de l’ordre constitutionnel. Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a souligné l’urgence de la situation, évoquant une double menace : la propagation du terrorisme et la récurrence des coups d’État.
Si une dizaine de soldats ont été capturés, le meneur présumé, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, demeure introuvable. Les deux hauts responsables militaires pris en otage, Abou Issa et Faïzou Gomina, ont fort heureusement été libérés lundi.
Le défi des prochaines élections
À Cotonou, le calme est revenu rapidement. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, s’apprête à achever son second mandat en avril prochain, conformément aux limites imposées par la loi fondamentale. Bien que crédité pour ses réformes économiques, il fait face à des critiques l’accusant de dérives autoritaires.
Le scrutin présidentiel à venir semble promis à son ministre des Finances, Romuald Wadagni, alors que la formation d’opposition Les Démocrates se trouve écartée de la course. L’ex-président Thomas Boni Yayi a fermement condamné cette tentative de coup d’État tout en appelant à la tenue de votes transparents. Selon la CEDEAO, l’absence d’inclusivité électorale devient aujourd’hui un facteur majeur de déstabilisation dans toute la région.