Crise judiciaire au Cameroun : le Conseil supérieur de la magistrature doit sortir de son sommeil

Crise judiciaire au Cameroun : le Conseil supérieur de la magistrature doit sortir de son sommeil

Crise judiciaire au Cameroun : le Conseil supérieur de la magistrature doit sortir de son sommeil

Dans un récent éditorial politique, un journaliste camerounais a mis en lumière l’urgence de convoquer le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) après les dernières nominations du président de la République. Le 2 juin 2026, Paul Biya a signé un décret renouvelant les membres de cette institution, reconduisant dix des quatorze membres dont les mandats avaient expiré depuis un an, pour un nouveau mandat de cinq ans. Le CSM n’a plus siégé depuis août 2020, soit près de six ans.

Selon l’avocat et défenseur des droits humains, Me Felix Nkongho Agbor Balla, cette situation constitue une grave défaillance institutionnelle aux conséquences profondes sur l’État de droit, l’indépendance de la justice et la confiance des citoyens dans le système judiciaire. Le CSM est constitutionnellement chargé de la gestion des carrières, de la discipline, de l’intégration et de la régulation éthique des magistrats. Sa mise en sommeil a paralysé ces fonctions essentielles et affaibli considérablement le secteur judiciaire.

L’une des conséquences les plus préoccupantes est que les magistrats sortis de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) au cours des six dernières années n’ont toujours pas été formellement intégrés dans le corps judiciaire. Ils ne peuvent donc prêter serment ni exercer la fonction juridictionnelle, créant un vide alarmant dans les juridictions à travers le pays. Le Cameroun fait face à une pénurie critique de magistrats, entraînant la surcharge des tribunaux, l’accumulation excessive des dossiers, des détentions prolongées et des retards généralisés dans l’administration de la justice.

L’absence prolongée de réunion du CSM prive également les citoyens d’un accès rapide à la justice, d’autant plus que de nombreux postes sont vacants à la suite de décès, de départs à la retraite ou de désengagements. Ce vide a conduit à des nominations juridiquement contestables, notamment dans certaines juridictions administratives, où des juges ont été désignés sans l’avis préalable du CSM, pourtant seul organe compétent en matière de nomination et d’affectation des magistrats.

Au-delà de l’intégration, les procédures disciplinaires sont bloquées, les promotions suspendues et les fautes professionnelles ne peuvent être examinées. Les magistrats intègres sont découragés tandis que la corruption prospère en l’absence de contrôle. Après ce constat lucide et alarmant, l’urgence de la tenue du CSM est une évidence. Il y a lieu de s’en tenir au respect scrupuleux de la législation qui prévoit la réunion de cette instance deux fois par an.

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