Côte d’Ivoire : l’élevage local en renfort pour la tabaski 2024

Côte d’Ivoire : l’élevage local en renfort pour la tabaski 2024

À l’approche de l’Aïd al-Adha, la Côte d’Ivoire active une stratégie inédite pour sécuriser l’approvisionnement en moutons : miser sur l’élevage local. Le Conseil national de lutte contre la vie chère (CNLVC), placé sous l’autorité du ministère du Commerce, mise sur la production nationale pour absorber la demande explosive qui précède cette fête majeure, où des centaines de milliers de têtes de bétail s’échangent en quelques jours seulement.

Un pari audacieux pour réduire la dépendance sahélienne

Le pays reste fortement dépendant des importations en provenance du Sahel, notamment du Mali, du Burkina Faso et du Niger, pour son approvisionnement en petits ruminants. Cette vulnérabilité se paie cash lors des pics saisonniers, lorsque les éleveurs sahéliens privilégient les marchés les plus lucratifs et que les coûts de transport flambent. En tablant sur une production locale renforcée, le CNLVC cherche à atténuer cette dépendance et à stabiliser les prix dans les grandes villes, en priorité Abidjan.

La démarche repose sur deux piliers : l’implication accrue des éleveurs ivoiriens et une meilleure coordination entre tous les maillons de la chaîne, du producteur au revendeur. Grâce à une cellule de veille active, alimentée par des données de marché et des échanges avec les fédérations professionnelles, les autorités tentent d’anticiper les tensions. Malgré tout, la filière ovine locale peine à répondre à une demande estimée à plusieurs centaines de milliers de têtes pour la seule Tabaski, limitant ainsi l’impact immédiat de cette initiative.

La vie chère, une priorité politique sous haute tension

La régulation des prix s’impose comme un dossier brûlant pour les autorités ivoiriennes. Depuis sa création, le CNLVC multiplie les interventions ciblées sur les produits essentiels, des denrées alimentaires aux biens de première nécessité. La Tabaski, par son ampleur commerciale et son importance symbolique pour les communautés musulmanes, représente un défi majeur pour évaluer l’efficacité de ces mesures.

Pour le gouvernement, l’enjeu va au-delà de la simple stabilisation des tarifs. Il s’agit aussi de dynamiser une filière aux forts potentiels d’emploi rural, dans un contexte où la croissance démographique alimente une demande croissante en protéines animales. Le développement de l’élevage local s’inscrit dans la continuité du Programme national de développement de l’élevage, lancé il y a plusieurs années avec pour objectif de réduire la dépendance aux importations de viande et de produits laitiers.

Logistique, coopération régionale et défis persistants

Stabiliser les prix du mouton de Tabaski ne peut faire l’impasse sur une collaboration régionale renforcée. Les axes d’approvisionnement reliant les zones de production sahéliennes aux marchés ivoiriens restent indispensables, et leur fluidité détermine directement la disponibilité de l’offre. Les instabilités sécuritaires dans certaines zones du Sahel, les fermetures ponctuelles de frontières et la hausse des coûts logistiques pèsent sur les marges et se répercutent in fine sur le consommateur abidjanais.

Le CNLVC mise donc sur une stratégie à trois volets : mobilisation de l’offre locale, surveillance des circuits d’importation et lutte contre les abus de prix. Cette approche globale reflète une vision désormais structurelle de la lutte contre la vie chère, où les solutions ponctuelles ne suffisent plus. Pour les acteurs du secteur, la réussite de cette politique se mesurera à sa capacité à éviter une flambée des tarifs, comme celle observée par le passé, où un mouton de taille moyenne pouvait dépasser les 150 000 FCFA sur les étals d’Abidjan.

Le défi est de taille : il exige une accélération des élevages locaux, une collaboration étroite avec les partenaires sahéliens et une vigilance accrue sur les marges des intermédiaires. À court terme, c’est la perception du pouvoir d’achat des ménages ivoiriens qui se jouera dans les parcs d’élevage et sur les marchés. Les autorités affichent leur détermination à faire de cette Tabaski une preuve tangible de l’efficacité de leur stratégie de régulation.

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