Burkina Faso : l’usage du mot ‘camarade’ imposé dans les administrations

Burkina Faso : l’usage du mot ‘camarade’ imposé dans les administrations

Une étape supplémentaire a été franchie dans la refondation idéologique du Burkina Faso. Depuis le 1er juin, une instruction officielle impose à l’ensemble des services publics d’employer le terme « camarade » pour s’adresser aux citoyens et aux usagers.

Cette mesure s’inscrit dans le cadre de la « révolution progressiste et populaire » prônée par les autorités de transition dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré. Elle constitue une rupture symbolique forte avec les codes administratifs hérités de l’époque coloniale.

Un virage sémantique aux répercussions idéologiques

L’abandon des appellations traditionnelles « Monsieur » et « Madame » au profit de « camarade » va au-delà d’une simple modification lexicale. Pour l’exécutif burkinabè, cette directive vise à instaurer un sentiment d’égalité absolue entre l’État et les citoyens, tout en renforçant la cohésion nationale dans un contexte d’insécurité persistante.

  • Gommer les hiérarchies : supprimer les barrières protocolaires traditionnelles entre les agents publics et la population afin de rapprocher l’administration des administrés.
  • Renforcer l’unité nationale : promouvoir une identité collective forte et égalitaire, jugée indispensable pour faire face aux défis existentiels du pays.
  • Affirmer la souveraineté : se détacher des formules de politesse occidentales, perçues par le régime comme des vestiges d’une culture bourgeoise ou coloniale.

La résurgence de l’héritage sankariste

Pour les observateurs de la politique ouest-africaine, cette décision fait directement écho à la Révolution démocratique et populaire (RDP) menée par le capitaine Thomas Sankara entre 1983 et 1987. À cette époque, le terme « camarade » était le pivot central de la rhétorique et de la culture révolutionnaires.

« En ressuscitant ce vocabulaire, le pouvoir actuel cherche à capter la légitimité historique et populaire de Thomas Sankara, figure toujours très populaire et inspirante auprès de la jeunesse burkinabè », analyse un politologue régional ayant requis l’anonymat.

Ce retour aux sources sankaristes s’accompagne, depuis plusieurs mois, d’autres décisions majeures de refondation, notamment la révision de la charte de la transition, la promotion rigoureuse des initiatives de développement endogène ainsi qu’une refonte profonde des alliances géopolitiques régionales et internationales.

Des perspectives contrastées au sein de la société

Sur le terrain, la mise en application de cette mesure suscite des réactions diverses à travers le pays :

L’adhésion des partisans du régime

Les soutiens du pouvoir de transition saluent unanimement une mesure patriotique et historique. Selon eux, elle replace le citoyen au cœur de l’action publique, brise les élitismes et insuffle un esprit de corps nécessaire en période de crise.

Les réserves des sceptiques et de l’opposition

À l’inverse, plusieurs voix critiques y voient une focalisation sur des symboles idéologiques. Elles estiment que les priorités absolues de l’État devraient rester concentrées sur la sécurité du territoire, le retour des populations déplacées internes et la lutte contre le terrorisme.

Le défi concret pour le corps administratif

Au sein des ministères et des préfectures, les agents publics font face à un défi managérial et culturel. Ils doivent désormais adapter l’ensemble de leurs correspondances officielles, formulaires ainsi que les protocoles d’accueil physique et téléphonique.

Alors que le Burkina Faso continue de faire face à des défis sécuritaires et humanitaires majeurs, le gouvernement de transition parie sur la sémantique comme vecteur de mobilisation de masse. Reste à savoir si l’adoption de ce langage révolutionnaire suffira à consolider durablement l’union sacrée recherchée par Ouagadougou.

ouagadirect