Une procédure judiciaire exceptionnelle a été engagée fin janvier 2026 devant le premier cabinet du Pool judiciaire financier du Sénégal. Cette affaire, révélée par une enquête approfondie de la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (DSC), expose un système organisé autour de Melbet, impliquant des chefs d’accusation graves : association de malfaiteurs, usurpation d’identité et blanchiment de capitaux.
Des flux financiers colossaux et des mécanismes opaques
Les investigations ont révélé l’ampleur des transactions illicites générées par cette plateforme. Entre septembre et décembre 2025, les paiements effectués par les utilisateurs via l’opérateur Wave ont atteint plus de 29,5 milliards de FCFA. Pourtant, les sommes reversées aux parieurs ne dépassaient pas 23,5 milliards de FCFA, laissant un écart inexpliqué de près de 6 milliards de FCFA. Ce différentiel alimente les soupçons de blanchiment et de rétention frauduleuse de fonds.
Le mode opératoire reposait sur une tromperie méthodique. Les victimes étaient attirées par des campagnes publicitaires massives sur les réseaux sociaux, promettant des gains mirobolants. Cependant, pour prétendre toucher ces montants, elles devaient d’abord effectuer des micro-paiements via des canaux non régulés par la Loterie nationale sénégalaise (Lonase), notamment l’application « Game Sawa ».
Une façade juridique frauduleuse et des ramifications internationales
L’enquête a également révélé l’instabilité juridique de la société Melbet Limited, basée à Chypre, actuellement en cours de radiation. Pour contourner cette interdiction, un réseau de sociétés écrans aurait été activé, incluant Vikhrédia Suarl et Batnesto Ltd. Ces entités, liées par des contrats de location de noms de domaine, ne disposaient d’aucune licence officielle d’exploitation de jeux d’argent.
Les autorités sénégalaises, notamment la Lonase, maintiennent une position ferme face à ces irrégularités. Aucune licence légale ne lie officiellement la plateforme Melbet aux structures de jeux autorisées au Sénégal. Les investigations ont également mis en évidence l’utilisation abusive de symboles institutionnels et de personnalités publiques pour renforcer la crédibilité des campagnes frauduleuses, notamment le logo de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS) et l’image du footballeur international Sadio Mané.
