UBA bientôt banque française : un tournant pour le Nigeria et l’Afrique
Après plus de dix-huit mois d’attente et de négociations soutenues, la United Bank for Africa (UBA), fleuron financier nigérian, s’apprête à franchir un cap historique. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), régulateur bancaire français, devrait lui attribuer sous peu son agrément de banque de plein exercice. Une décision qui concrétise un engagement pris depuis des années entre le groupe fondé par Tony Elumelu et les autorités françaises.
Ce feu vert réglementaire scelle la fin d’un parcours semé d’embûches administratives. Initialement lancé sous forme de bureau de représentation à Paris en 2009, le projet d’UBA a connu des avancées majeures avec l’ouverture de filiales par d’autres géants bancaires nigérians. Access Bank et Zenith Bank, déjà implantées en France, ont ouvert la voie, prouvant l’attractivité croissante du marché hexagonal pour les institutions financières africaines.
Un processus diplomatique et financier sous haute tension
Les échanges en coulisses, particulièrement intenses lors du sommet Africa Forward à Nairobi en mai 2025, ont révélé l’enjeu stratégique de ce dossier. Les discussions ont impliqué des acteurs clés, dont le ministre français délégué au Commerce extérieur, ainsi que des représentants d’UBA. « L’obtention de cette licence n’était plus une simple formalité, mais une nécessité pour concrétiser la vision d’un pôle financier nigérian en France », confie un observateur proche des négociations.
Les autorités françaises et nigérianes ont travaillé main dans la main pour harmoniser les exigences réglementaires européennes avec les ambitions régionales du groupe. Une collaboration qui s’inscrit dans le cadre plus large des relations économiques entre le Nigeria et la France, renforcées par des sommets bilatéraux et des initiatives comme l’Africa France Impact Coalition.
Paris devient un hub financier africain
Avec l’arrivée d’UBA en tant que banque commerciale, la capitale française se positionne comme un carrefour stratégique pour les institutions financières ouest-africaines. Trois banques nigérianes majeures y sont désormais représentées : Access Bank, Zenith Bank et désormais UBA. Cette dernière, sous la direction de René-Laurent Alciator à Paris, vise à faciliter les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique francophone.
Parmi les autres acteurs de ce réseau, Zenith Bank, dont la succursale parisienne est dirigée par Rabah Rahmani, ancien de la Société Générale, a marqué les esprits par son inauguration au Ritz en 2024. Access Bank, quant à elle, a choisi de s’appuyer sur sa filiale britannique pour étendre sa présence en France.
Un calendrier politique opportun
Le timing de cette homologation n’est pas anodin. Alors que Tony Elumelu doit céder la présidence d’UBA à Emmanuel Nnorom le 21 août 2025, l’annonce de l’ouverture officielle de la succursale parisienne pourrait coïncider avec la visite d’État d’Emmanuel Macron au Nigeria, prévue fin octobre 2025. Une occasion idéale pour célébrer ce partenariat économique et renforcer les liens entre les deux pays.
Cette étape s’inscrit dans une dynamique plus large pilotée par Tony Elumelu à travers son holding Heirs Holdings. Le groupe, actif dans l’énergie, l’hôtellerie et la finance, multiplie les initiatives pour consolider sa présence internationale. United Capital, sa banque d’affaires, a récemment étendu ses activités en Éthiopie et au Rwanda, renforçant ainsi l’influence financière du Nigeria sur le continent.
L’obtention de cette licence bancaire en France ouvre de nouvelles perspectives pour UBA. Le groupe pourra désormais proposer des solutions de financement aux entreprises françaises souhaitant s’implanter en Afrique de l’Ouest, tout en accompagnant les acteurs africains dans leur expansion vers l’Europe. Une avancée qui illustre la montée en puissance des institutions financières africaines sur la scène internationale.