Tomates du Niger : un financement italien de 3 millions d’euros qui interroge la souveraineté

Tomates du Niger : un financement italien de 3 millions d’euros qui interroge la souveraineté

Alors que les appels à l’autonomie économique et au détachement des dépendances extérieures occupent tout l’espace médiatique, l’annonce d’une contribution italienne de 3 millions d’euros visant à « revitaliser la filière tomate » apparaît comme une reconnaissance de vulnérabilité, voire un paradoxe flagrant. Un pays prônant le souverainisme et l’autosuffisance qui sollicite des financements pour une activité agricole aussi élémentaire que le maraîchage pose une question cruciale : comment se prétendre souverain lorsque l’on compte sur l’Europe pour cultiver ses propres tomates ?

L’autosuffisance ne se paie pas avec des fonds étrangers. La véritable autonomie ne s’acquiert pas par des subventions ou des prêts extérieurs, même sous l’appellation de « coopération au développement ». Si un État choisit la voie de l’indépendance, il doit en mobiliser les moyens : puiser dans l’épargne nationale, réaffecter ses propres budgets régaliens et miser sur le savoir-faire local.

La tomate n’est en rien comparable à un microprocesseur de pointe ou à une technologie spatiale exigeant un transfert de compétences occidentales complexes. C’est une culture ancestrale, maîtrisée depuis des générations par les agriculteurs de la région. Injecter des millions d’euros venus de Rome pour installer des systèmes d’irrigation à petite échelle ou des unités de transformation illustre une incapacité chronique à structurer l’économie nationale par nos propres ressorts. C’est la prolongation du cycle de l’assistance, masquée par un nouveau vocabulaire managérial.

Au-delà du paradoxe idéologique, ce projet révèle un problème bien plus profond : l’absence patente de sérieux dans la planification stratégique, tant sur le plan alimentaire que sécuritaire. Comment concevoir un plan de développement agricole viable sur trois ans dans des zones structurellement instables, sans une coordination rigoureuse avec la sécurité du territoire ? Développer des bassins de production sans avoir préalablement garanti la libre circulation sécurisée des biens et des personnes relève de l’amateurisme. Les infrastructures d’irrigation, aussi coûteuses soient-elles, ne serviraient à rien si les producteurs ne peuvent accéder à leurs champs ou si les récoltes sont abandonnées face aux menaces sécuritaires.

Par ailleurs, l’absence de planification se manifeste dans la gestion de la chaîne de valeur : le diagnostic est connu – le pays produit massivement de janvier à juin, puis perd tout faute de stockage, tout en important du concentré de tomate le reste de l’année. La réponse, elle, est courte : au lieu de bâtir une véritable industrie agroalimentaire nationale financée par des capitaux locaux ou des partenariats public-privé endogènes, on s’en remet à des fonds extérieurs pour « colmater les brèches ».

Si la trajectoire souverainiste est prise au sérieux, elle exige une rupture radicale avec ces pratiques. Redynamiser la filière tomate ou toute autre filière stratégique nécessite une planification rigoureuse qui lie la sécurisation des terres, le financement patriotique et la protection du marché intérieur contre les importations massives. Continuer à célébrer des enveloppes de 3 millions d’euros venues d’Europe, c’est maintenir le pays dans une souveraineté de façade, où les discours sont autarciques mais les assiettes restent suspendues au bon vouloir des capitales occidentales. Il est temps de passer de la posture à la véritable planification.

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