Tension à Cotonou : ce que l’on sait de l’échec du putsch au Bénin

Tension à Cotonou : ce que l’on sait de l’échec du putsch au Bénin
Ce que l’on sait de la tentative de coup d’État au Bénin ce dimanche matin  (Photo du président du Bénin Patrice Talon)
MATEUS BONOMI / AGIF via AFP
Ce que l’on sait de la tentative de coup d’État au Bénin ce dimanche matin (Photo du président du Bénin Patrice Talon)

Le calme tente de revenir au Bénin après une matinée de dimanche particulièrement agitée. Les autorités ont annoncé avoir neutralisé une tentative de renversement du pouvoir à Cotonou, peu après qu’un groupe de militaires a affirmé avoir démis le président Patrice Talon de ses fonctions via la télévision nationale.

Le chef de l’État, dont le second mandat s’achève en avril prochain, se trouve actuellement en lieu sûr. Bien que le Bénin affiche une santé économique robuste, il fait face à des défis sécuritaires croissants, notamment des incursions jihadistes dans les régions septentrionales du pays.

À la mi-journée, l’atmosphère restait pesante dans la capitale économique. Des détonations ont été signalées et les forces loyalistes ont restreint l’accès aux points névralgiques, dont le palais présidentiel. Malgré ce déploiement, une partie de la population continuait ses activités quotidiennes.

L’émergence d’un « Comité militaire pour la refondation »

L’alerte a été donnée tôt ce dimanche lorsqu’une escouade de huit soldats armés a investi les studios de la télévision publique. Se réclamant du Comité militaire pour la refondation (CMR), ces hommes ont proclamé la chute du régime et désigné un lieutenant-colonel à la tête de leur mouvement.

Pour justifier leur action, les mutins ont pointé du doigt l’instabilité sécuritaire au nord du Bénin, dénonçant le délaissement des soldats engagés au front et de leurs proches. Ils ont également critiqué des pratiques de promotion jugées inéquitables au sein des forces armées et une dérive autoritaire menaçant les libertés publiques.

La riposte des forces loyalistes et la mise en sécurité du pouvoir

L’insurrection n’a toutefois pas réussi à obtenir le ralliement de l’ensemble de l’institution militaire. Alassane Seidou, ministre de l’Intérieur, a confirmé que la hiérarchie militaire est restée fidèle aux institutions républicaines. L’intervention rapide des troupes régulières a permis de reprendre l’initiative et de mettre fin à la tentative de déstabilisation.

Des sources proches de la présidence ont assuré que Patrice Talon n’a jamais été en danger. Selon ces témoignages, il s’agissait d’un groupe isolé ayant principalement pris le contrôle des moyens de communication, alors que l’armée reprenait progressivement le terrain dans Cotonou.

Plusieurs secteurs stratégiques, incluant les abords de la présidence, de la télévision nationale et des zones diplomatiques comme le quartier du Sofitel, ont été bouclés par mesure de précaution.

Condamnations internationales et processus de normalisation

Une source au sein de l’armée a indiqué que des opérations de sécurisation étaient toujours en cours pour rétablir totalement l’ordre. Les putschistes n’auraient réussi à s’emparer ni de la résidence présidentielle, ni du siège du pouvoir exécutif.

Sur le plan diplomatique, la CEDEAO a vigoureusement dénoncé cet acte anticonstitutionnel, réaffirmant son soutien total au gouvernement légitime du Bénin. De son côté, l’Union africaine (UA) a exigé le retour immédiat des militaires dans leurs casernes et la cessation de toute activité illégale.

Le contexte politique sous la présidence de Patrice Talon

Arrivé au pouvoir en 2016, Patrice Talon s’apprête à achever son dernier mandat constitutionnel en 2026. Si son bilan économique est souvent mis en avant, son exercice du pouvoir est marqué par des critiques récurrentes de l’opposition, qui dénonce une restriction de l’espace démocratique.

Cette tentative de coup d’État s’inscrit dans un climat régional tendu, l’Afrique de l’Ouest ayant été le théâtre de plusieurs renversements de pouvoir ces dernières années, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

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