Tchad : échanges tendus entre le ministre de la Sécurité et les sénateurs sur les violences persistantes
Tchad : échanges tendus entre le ministre de la Sécurité et les sénateurs sur les violences persistantes
Le général Ali Ahmat Aghabache, ministre tchadien de la Sécurité publique et de l’Immigration, a échangé hier avec les sénateurs sur la question cruciale de l’insécurité qui touche plusieurs régions du pays. Cette rencontre, présidée par le Dr Haroun Kabadi, président du Sénat, visait à faire le point sur les violences intercommunautaires et les mesures prises pour y remédier.
Des violences intercommunautaires qui s’intensifient
Lors de cette séance, le président du Sénat, Dr Haroun Kabadi, a rappelé les épisodes violents survenus dans plusieurs provinces tchadiennes. Des conflits entre éleveurs et agriculteurs ont notamment été signalés, comme à Mandakao dans le Logone Occidental en mai 2025, ou encore dans le Mayo-Kebbi Ouest et le Salamat en 2025. Ces affrontements ont fait des victimes, dont certaines mortelles.
Le ministre de la Sécurité a reconnu la gravité de ces tensions, exprimant son soutien aux familles des victimes et soulignant l’urgence d’une réponse globale. « Nous partageons la douleur des familles endeuillées et restons pleinement mobilisés pour apporter des solutions durables », a-t-il déclaré.
Les causes profondes des conflits au Tchad
Le général Aghabache a détaillé les multiples facteurs alimentant ces violences intercommunautaires. Parmi eux :
- L’accès limité aux ressources naturelles : Les conflits autour des points d’eau et des terres arables s’aggravent pendant la saison des pluies, notamment dans l’est, le sud et le centre du pays. Les dégâts causés par le bétail aux cultures déclenchent souvent des représailles violentes.
- La raréfaction des terres et de l’eau : Le changement climatique et la sécheresse poussent les éleveurs à migrer vers le sud, où la pression sur les terres s’accentue. L’extension des surfaces agricoles réduit encore davantage l’espace disponible pour le pastoralisme.
- L’absence de cadre juridique clair : L’absence de cartes précises des couloirs de transhumance et des droits fonciers crée un vide juridique propice aux litiges.
- La croissance démographique : L’augmentation de la population intensifie la demande en ressources, exacerbant les tensions entre communautés.
- L’instrumentalisation politique des clivages ethniques : Certains acteurs exploitent les divisions tribales pour renforcer leur influence, aggravant les conflits locaux.
- La diversité ethnique et la structure tribale : Avec plus de 200 groupes ethniques, la société tchadienne est marquée par une forte identité communautaire, parfois au détriment du sentiment national.
- L’impact des crises régionales : La circulation d’armes légères en provenance des pays voisins a aggravé l’intensité des conflits traditionnels.
- Les litiges fonciers historiques : Les tensions liées aux frontières entre communautés ont fait 318 morts et 315 blessés en 2025.
Les mesures prises et les défis à relever
Malgré la reconnaissance de « poches d’insécurité », le ministre a rassuré sur la capacité des forces de sécurité à contenir les violences. Il a rappelé les résultats des opérations menées entre 2024 et 2025 : plus de 4 000 armes saisies, 1 300 brigands arrêtés et d’importantes quantités de drogues interceptées.
Cependant, il a insisté sur le fait que la solution ne peut se limiter à une réponse sécuritaire. « La prévention et la résolution des conflits à la source restent essentielles pour une stabilité durable », a-t-il expliqué. Il a appelé les responsables locaux et les chefs traditionnels à promouvoir activement le vivre-ensemble et la cohésion sociale.
Les sénateurs, tout en saluant les efforts du gouvernement, ont souligné que le chemin vers une sécurité totale reste long. Des questions ont été soulevées sur la prolifération des armes légères, les enlèvements contre rançon dans le Mayo-Kebbi Ouest, ou encore la présence d’étrangers non identifiés, jugée préoccupante.
Le ministre a confirmé que des commissariats sont en cours de création, notamment à Abéché dans le Ouaddaï, où ces structures ont déjà permis de réduire l’insécurité.