Sénégal : seulement 13 % de femmes parmi les têtes de listes aux législatives

Sénégal : seulement 13 % de femmes parmi les têtes de listes aux législatives

Le Sénégal face au défi de l’égalité femmes-hommes en politique

Illustration montrant des femmes leaders en discussion lors d'un séminaire politique au Sénégal

Avec seulement 18 femmes sur 558 à la tête de communes et 3 présidentes de conseils départementaux sur 43, le Sénégal affiche des chiffres préoccupants en matière de représentation féminine dans les instances locales. Lors des dernières élections législatives anticipées de novembre 2024, le recul de la place des femmes s’est confirmé : leur part à l’Assemblée nationale est passée de 44,2 % à 41 %, tandis que seulement 13 % des têtes de listes étaient des candidates.

Des avancées légales, mais des réalités persistantes

Le pays se targue pourtant d’un cadre juridique progressiste : la loi sur la parité de 2010 et la Constitution de 2001 ont ancré l’égalité entre les sexes, sans compter la ratification de conventions internationales majeures en faveur des droits des femmes. Malgré ces cadres, les obstacles structurels et culturels freinent toujours l’accès des Sénégalaises aux postes de décision.

Bator Seck, point focal du Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD), a souligné ces paradoxes lors d’un séminaire dédié à la participation politique féminine : « Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils révèlent des résistances profondes dans l’accès au financement politique, à la visibilité médiatique et aux sphères de pouvoir. Pourtant, les femmes sénégalaises portent ce pays au quotidien, que ce soit dans l’économie locale, l’éducation ou la construction de la paix. La question n’est plus de savoir si elles en sont capables, mais pourquoi les systèmes politiques continuent de les en écarter. »

Un séminaire afroféministe pour briser les barrières

Le RFLD organise actuellement un séminaire de deux jours réunissant 30 femmes leaders, dont des parlementaires, des élues locales, des activistes et des dirigeantes d’ONG. Cette initiative s’inscrit dans le programme Afrofeminist Initiative for Human Rights Development in Francophone West Africa, soutenu par le BMZ et la GIZ. L’objectif ? Renforcer la solidarité féminine et élaborer des stratégies pour influencer les politiques publiques et les processus électoraux.

« Une démocratie incomplète sans les femmes », martèle Bator Seck. « L’avenir du Sénégal ne peut se construire sans elles, et surtout pas pour elles. Il doit se construire avec elles. » Le RFLD, réseau panafricain engagé, agit à travers le plaidoyer législatif, l’organisation communautaire et la défense des droits des femmes, avec une reconnaissance internationale notable.

Confiance en soi et formation : les leviers d’action

Maman Diouf Fall, représentante du ministre de la Famille, a mis en lumière un autre enjeu crucial : le renforcement de la confiance en soi des femmes engagées. « Beaucoup possèdent les compétences et la légitimité nécessaires, mais hésitent encore à occuper pleinement les espaces de leadership en raison des stéréotypes persistants et du manque d’accompagnement. »

Elle a également insisté sur l’importance des formations en leadership, communication politique et gestion stratégique, essentielles pour exercer un leadership crédible. « Les compétences techniques – analyse des politiques publiques, gestion de projets, outils numériques – sont devenues indispensables. Sans investissement durable dans le capital humain féminin, les avancées resteront limitées. »

Parmi les défis identifiés :

  • L’inégalité d’accès à l’information et aux opportunités de formation, particulièrement en milieu rural ;
  • Le besoin de mécanismes de mentorat intergénérationnel ;
  • La nécessité de promouvoir une culture de l’excellence et de l’autonomisation économique des femmes.

Elle a conclu : « Notre responsabilité collective est de créer les conditions d’une participation pleine et effective des femmes à la vie publique. Cela passe par un travail continu de transformation sociale et de sensibilisation communautaire. »

La Direction de la Famille, en collaboration avec ses partenaires, mène déjà des initiatives pour renforcer les capacités des femmes et des adolescentes, notamment à travers des programmes de sensibilisation, de formation au leadership et d’accompagnement psychosocial. Ces actions visent à renforcer leur résilience et leur participation active dans tous les domaines de la société.

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