Sahel : Maroc et Algérie se disputent l’influence économique
La région du Sahel, s’étendant du Mali au Tchad, présente des défis économiques majeurs malgré son potentiel stratégique. Les économies du Mali, du Burkina Faso et du Niger, parmi les plus pauvres au monde, illustrent cette réalité. Avec des indicateurs alarmants comme un taux de pauvreté dépassant 40 % au Burkina Faso et 60,5 % au Niger (Banque mondiale), ces pays peinent à attirer les investissements directs étrangers. Le Mali, avec 47 % de sa population âgée de moins de 15 ans et seulement 25 % de terres arables, se classe au 188ᵉ rang de l’indice de développement humain (PNUD) sur 193. Ces données soulignent un paradoxe : malgré une gouvernance parfois instable et des tensions géopolitiques, cette zone suscite l’intérêt de voisins comme l’Algérie ou le Maroc.
Le port Dakhla Atlantique : une porte vers l’Afrique et les Amériques pour le Maroc
Le Maroc mise sur une infrastructure ambitieuse : le port Dakhla Atlantique, dont la livraison est prévue pour 2029. Ce projet, comparable au hub de Tanger Med, vise à créer une connexion directe entre l’Afrique de l’Ouest et les continents américain et européen. Rabat a déjà accueilli les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES), proposant une solution pour désenclaver ces pays grâce à une ligne ferroviaire en discussion. L’objectif est double : stimuler leur croissance économique et offrir une alternative aux jeunes sans emploi, réduits à rejoindre les rangs de groupes djihadistes. Avec une démographie en pleine expansion au Sahel, où la population devrait doubler en dix ans, cette initiative pourrait redéfinir les équilibres régionaux.
L’Algérie mise sur le gazoduc transsaharien pour sécuriser l’Europe
De son côté, l’Algérie relance sa stratégie énergétique en se rapprochant du Niger, malgré des tensions passées. Le pays propose de construire un tronçon clé du gazoduc transsaharien, reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie. Ce projet de 4 800 km, porté par la Sonatrach, inclut la formation de techniciens nigériens à la gestion des infrastructures, une différence notable avec les pratiques chinoises. Ce gazoduc, en plus de renforcer les liens économiques, pourrait affaiblir l’influence des groupes armés dans la région en créant des opportunités locales.
Deux visions concurrentes pour le Sahel
Ces deux stratégies, bien que complémentaires dans leurs objectifs (développement économique et lutte contre le terrorisme), s’affrontent en raison du conflit autour du Sahara occidental. L’Algérie mise sur ses ressources en hydrocarbures et son expertise, tandis que le Maroc mise sur des infrastructures logistiques et un positionnement comme plateforme intercontinentale. Pourtant, une résolution du conflit sahraoui pourrait permettre aux deux pays de collaborer sur les enjeux sécuritaires et démographiques du Sahel, privant ainsi l’AES d’exploiter leurs rivalités.
Les défis restent immenses : le djihadisme prospère dans un terreau de pauvreté et d’autoritarisme. En proposant des modèles économiques alternatifs, Alger et Rabat cherchent à briser ce cercle vicieux, mais leurs ambitions se heurtent à des tensions régionales persistantes.