Régimes autoritaires en afrique subsaharienne : les pays les plus fermés du continent
Sur le continent africain, l’exercice de la liberté d’expression ou la critique des gouvernants peut, dans certains États, mener à l’emprisonnement, voire à la perte de la vie. Depuis plusieurs décennies, de nombreux régimes ont basculé vers l’autoritarisme, étouffant les libertés, réprimant les voix dissidentes et manipulant les processus électoraux au point de rendre la démocratie quasi inaccessible.
Un recul alarmant de la démocratie en Afrique
Sur les 55 pays que compte l’Afrique, une dizaine sont aujourd’hui considérés comme des autocraties fermées, tandis que 26 autres sont qualifiés d’autocraties électorales par l’Institut Varieties of Democracy (V-Dem). Ce constat, dressé dans le rapport 2026 de l’institut suédois basé à l’Université de Göteborg, révèle un effritement sans précédent des acquis démocratiques.
« La démocratie a reculé à son niveau de 1978 pour le citoyen moyen à l’échelle mondiale », souligne le rapport. Les progrès enregistrés depuis la « troisième vague de démocratisation », initiée en 1974 au Portugal avec la chute du régime de Salazar et qui avait gagné de nombreux territoires, sont aujourd’hui « presque entièrement effacés ». Les États-Unis, souvent présentés comme un modèle, connaissent également une autocratisation croissante, entraînant une baisse historique des standards démocratiques en Europe occidentale et en Amérique du Nord.
En Afrique, cette tendance se traduit par un déclin des libertés démocratiques acquises il y a plus de 25 ans, qui avaient suscité tant d’espoirs sur le continent.
L’Afrique subsaharienne, épicentre de l’autoritarisme
L’Afrique subsaharienne incarne aujourd’hui ce recul démocratique. Selon V-Dem, le niveau de démocratie dans la région est revenu à celui des années 2000, marqué par deux phénomènes majeurs : la multiplication des coups d’État, notamment dans le Sahel, et le renforcement des régimes autocratiques. Des pays comme la République centrafricaine, le Mozambique ou le Togo illustrent cette dérive.
Près de 66 % de la population subsaharienne vit désormais sous des régimes autocratiques, tandis que 48 % réside dans des autocraties électorales comme l’Éthiopie, la Tanzanie ou l’Ouganda. Seuls 10 % bénéficient d’un système démocratique électoral, comme au Botswana, au Ghana ou en Afrique du Sud, et 24 % évoluent dans une « zone grise », entre démocratie et autoritarisme, comme au Kenya ou au Nigeria.
Top 10 des régimes les plus fermés d’Afrique subsaharienne
1. Érythrée
Depuis son indépendance de l’Éthiopie en 1993, l’Érythrée n’a jamais organisé d’élection présidentielle. Après une brève période d’ouverture dans les années 1990, marquée par l’émergence de médias indépendants et des discussions sur la création d’une commission électorale, le régime a opéré un virage autoritaire en 2001. Tous les journaux indépendants ont été fermés en une seule journée, et des journalistes, ainsi que 11 membres du groupe G-15 – dont d’anciens ministres et un chef d’état-major –, ont disparu sans laisser de traces. Aujourd’hui, le président Isaias Afwerki dirige le pays sans partage depuis plus de 30 ans.
2. Burkina Faso
Depuis le coup d’État de septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte militaire, a clairement affiché son rejet de la démocratie. Les médias internationaux ont été suspendus ou expulsés, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) dissoute, et tous les partis politiques interdits en février 2026. « Il faut oublier la question de la démocratie », a-t-il déclaré en avril 2026, ajoutant : « La démocratie, ce n’est pas pour nous. »
3. Mali
En 1991, une insurrection populaire mettait fin à la dictature de Moussa Traoré, ouvrant la voie à une transition démocratique. Le Mali, dirigé par Alpha Oumar Konaré, devient alors un modèle en Afrique de l’Ouest. Trente ans plus tard, le pays a fait marche arrière. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, les militaires ont dissous les partis politiques, restreint les libertés et emprisonné des opposants. Le régime, engagé dans une lutte contre le terrorisme, refuse de fixer un calendrier pour un retour à l’ordre constitutionnel.
4. Niger
Dans les années 1990, le Niger abandonne le parti unique pour adopter le multipartisme. Après des décennies de régimes civils, dont celui de Mahamadou Issoufou, élu en 2011 et réélu en 2016, le pays bascule à nouveau dans l’autoritarisme avec le coup d’État de 2023. Le général Abdourahamane Tiani, au pouvoir, a dissous les partis politiques, reporté sine die les élections et renforcé son contrôle sur l’appareil d’État, étouffant toute velléité de liberté d’expression.
5. Soudan du Sud
Depuis son indépendance en juillet 2011, le Soudan du Sud est dirigé par le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), parti unique contrôlant tous les leviers du pouvoir. La guerre civile, déclenchée en 2013 entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, a encore réduit l’espace démocratique. Aujourd’hui, les citoyens n’ont jamais connu le suffrage universel.
6. Soudan
Le Soudan est dirigé par un régime militaire depuis des années, où le général Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil de souveraineté, concentre tous les pouvoirs. Le pays est plongé dans une guerre civile opposant les forces gouvernementales aux Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire. Les violations des droits humains, les massacres et les exactions se multiplient dans l’impunité totale.
7. Somalie
Depuis le coup d’État de 1969 de Siad Barre, qui a aboli le multipartisme et suspendu la constitution, la Somalie n’a jamais connu d’élection libre. Le pays, déchiré par des décennies de guerre civile, tente aujourd’hui de s’orienter vers le suffrage universel et des élections multipartites, mais les défis restent immenses pour sortir de plus d’un demi-siècle de silence démocratique.
8. Guinée
Après le coup d’État de 2021, le général Mamady Doumbouya a organisé des élections en décembre 2025 et mai 2026, qu’il a remportées avec 86,72 % des voix. Les principaux leaders de l’opposition avaient été écartés, et plusieurs partis politiques suspendus. Les organisations de la société civile dénoncent une dérive autoritaire, avec des restrictions accrues sur les libertés civiques et politiques.
9. Eswatini
Dernière monarchie absolue d’Afrique, l’Eswatini est dirigée par le roi Mswati III, qui concentre tous les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Depuis un décret royal de 1973, les partis politiques sont interdits, et l’Assemblée nationale, composée de 69 députés dont 10 nommés par le roi, ne permet aucune représentation des idées politiques. « Ici, on assiste à une non-élection, un système de nomination par les royalistes », explique Alvit Dlamini, présidente du NNLG, le plus ancien parti du pays.
10. Guinée-Bissau
En novembre 2025, alors que le pays était en pleine élection présidentielle disputée, l’armée a renversé le président Umaro Sissoco Embaló, qui a lui-même annoncé son coup d’État à la communauté internationale. Depuis, les opposants politiques subissent des restrictions, et les libertés fondamentales sont menacées. Avant ce putsch, le style de gouvernance d’Embaló était déjà critiqué pour son autoritarisme, compliquant les efforts de médiation de la CEDEAO pour préserver la stabilité.