Raffinerie d’or au Burkina Faso : vers une souveraineté en trompe-l’œil ?
L’inauguration de la raffinerie RAFFINOR-BF à Ouagadougou, le 28 septembre 2026, marque un tournant symbolique pour le Burkina Faso. Présentée comme une révolution vers l’autonomie économique, cette installation promettait de révolutionner la gestion de l’or national. Pourtant, derrière les discours officiels sur la maîtrise de la chaîne de valeur se cachent des zones d’ombre persistantes.
Une infrastructure ambitieuse pour une indépendance revendiquée
Avec une capacité initiale de 164 tonnes par an, extensible à 515 tonnes, la raffinerie RAFFINOR-BF incarne la volonté du Burkina Faso de transformer et d’exporter son or avec une valeur ajoutée locale. L’investissement colossal, dépassant les 11 milliards de francs CFA, a été salué comme un pas décisif vers la souveraineté industrielle. Le capitaine Ibrahim Traoré a d’ailleurs souligné l’importance de « contrôler l’intégralité du processus, du creuset à la vente ».
Pourtant, cette ambition se heurte à une réalité moins glorieuse : la dépendance persistante à des acteurs étrangers pour des étapes clés de la filière.
Le stockage de l’or : un paradoxe stratégique
Si la raffinerie dispose d’un espace sécurisé sur place, les révélations de juin 2026 ont semé le doute. Un accord controversé avec une institution financière russe, qualifiée de « Banque de Moscou », aurait été conclu pour stocker une partie des réserves d’or burkinabè sur le sol russe. Ce choix interroge : comment concilier la maîtrise de la production avec un transfert des actifs stratégiques à l’étranger ?
L’ombre de Moscou sur la chaîne de valeur
Le partenariat entre Ouagadougou et Moscou dépasse le cadre économique. Depuis plusieurs mois, les deux pays multiplient les collaborations, notamment dans les secteurs minier et énergétique. Cependant, la gestion des réserves d’or en Russie soulève des interrogations quant à la véritable autonomie du Burkina Faso. L’or raffiné dans l’hexagone national serait-il finalement sous tutelle étrangère ?
Souveraineté ou nouvelle forme de dépendance ?
L’argumentaire gouvernemental met en avant la création d’emplois et la valorisation des ressources locales. Pourtant, le débat dépasse la simple rhétorique économique. La question centrale reste : le Burkina Faso a-t-il gagné en indépendance ou a-t-il simplement changé de maître ?
Les Burkinabè sont en droit de se demander si cette raffinerie, bien que locale, ne renforce pas paradoxalement une dépendance structurelle, cette fois envers la Russie. Les promesses d’autonomie se heurtent à une réalité géopolitique complexe.
Alors que l’or quitte progressivement le sol burkinabè pour être stocké à l’étranger, une autre interrogation émerge : qui, au final, détient les clés de la richesse nationale ?